72. En son absence

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Nous regardions un film avec Séverilla, profitant que les enfants utilisaient leur lundi férié pour aller chez des amis.

Plusieurs fois, le téléphone de Séverilla vibra et, si d'abord, elle voulut l'ignorer pour ne pas briser le moment, elle finit par regarder la raison de cet acharnement.

Elle se redressa alors subitement, l'air plus que sérieuse.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Ses yeux passèrrent de son écran à moi, le regard indescriptible.

— Tu devrais lire toi-même.

Je fronçai les sourcils et récupérai son téléphone. Qu'est-ce que cela pouvait bien être pour que Séverilla réagisse ainsi ?

Et puis je compris.

[Allissia

Séverilla c'est ultra important !!

Faut qu'on retrouve Gwen !

Son père vient de m'annoncer que sa mère est morte.]

Prise de vertiges, je lâchai le téléphone et manquai de tomber, bien heureusement rattrapée par Séverilla. J'avais l'impression qu'elle me serrait fort et me secouait, mais je ne sentais rien ; mon âme semblait avoir quitté mon corps.

Je refusais d'y croire, il devait y avoir une erreur. Elle ne pouvait pas être... Non. Non. Non ! Ce n'était pas ce que je voulais ! Je ne voulais pas qu'elle.. qu'elle...

— Gwen !

J'entendais vaguement la voix de Séverilla, déformée, flottante. Cependant, j'étais incapable de me concentrer dessus, de lever les yeux vers elle ou d'esquisser le moindre mouvement.

Ce n'était juste pas possible ! J'avais dû mal lire, c'était la seule explication possible.

J'eus l'impression qu'on me soulevait et ce fut comme si je flottais, comme s'il n'y avait plus de gravité.

Une sensation de froideur me sortit de ma transe. C'était froid, gelée. L'humidité me collait à la peau de la tête aux pieds.

Je me réveillai alors pour me trouver sur le dos d'une personne qui avançait d'un pas rapide.

— Papa ?

Aussitôt, il s'arrêta et me fit descendre. Je dus m'accrocher à lui afin de ne pas tomber dans la flaque d'eau en dessous de nous.

— Gwen, tu es avec moi ?

— Je crois, oui...

Je baissai la tête. Séverilla avait dû appeler papa pour qu'il vienne me chercher pendant que j'étais dans une sorte d'état second. S'il était là, cela voulait donc dire que je n'avais pas imaginé...

— Dépêchons nous de rentrer. On s'est fait éclabousser par une voiture, tu risques d'attraper froid.

Je levai de petits yeux vers lui. Il tenta de me sourire, mais ses yeux rougis et plein de peine montraient qu'il voulait juste garder bonne figure pour me rassurer. Mais cela me faisait encore plus mal.

— Papa... arrête...

Il sembla comprendre, car il perdit son sourire et une lueur naquit aux coins de ses yeux.

— Rentrons...

Toujours accrochée à son bras et titubante, je franchissais les derniers mètres qui nous séparaient de la porte d'entrée.

— Papa...

— Va prendre une douche, ça te fera du bien.

Mon menton trembla, je secouai la tête et me jetai dans ses bras où je me laissai pleurer. Je me fichais d'être "bien", lavée et confortablement installée. Pourquoi devrais-je me soucier de ça ?

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