69. Sang froid

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Je pris alors une grande inspiration et franchis la porte. Toujours en tournant la tête dans tous les sens, j'avançai. Je devais avoir l'air d'une voleuse.. Les gens ne me regardaient-ils pas étrangement ? Je levai les yeux vers l'immeuble en face et croisai le regard d'une personne sur son balcon. Je détournai aussitôt le regard et accélérai. J'avais vraiment l'air de quelqu'un qui avait quelque chose à se reprocher.

C'était faux... Les filles elles-mêmes disaient que ce n'était pas normal et étaient de mon côté. Si elles-mêmes le pensaient, j'avais le droit d'y croire, non ?

Je devais aller chez Séverilla.

J'arpentai les rues, essayant de me souvenir lesquelles j'avais emprunté. Plutôt compliqué, car je n'avais pas réfléchi et avait agi sous la panique. Je dus alors revenir plusieurs fois en arrière.

Et enfin, alors que je me croyais perdu et honteuse que des gens me voient faire des allers-retours, des bâtiments familiers illuminèrent mon chemin.

Je continuai de jeter des coups d'œil tout autour de moi, maintenant une marche rapide.

Quand l'appartement de Séverilla apparut dans mon champ de vision, je courus vers ce dernier et me hâtai de sonner.

Reprenant ma respiration, je manquai d'ignorer la voix de l'interphone, trop concentrée à m'assurer que maman n'était pas là.

— C'est moi... Gwen...

Le bip retentit et je pénétrai dans l'immeuble. Je m'apprêtais à monter les escaliers, mais une tête dépassa du haut des marches. Séverilla dévala le reste, et, quand elle fut à mon niveau, je fondis sur elle.

Toute l'adrénaline et l'angoisse retombèrent face à l'objectif atteint. Mes jambes me lâchèrent. Séverilla me retint et me posa au sol. Elle me serra un peu plus fort contre elle alors que je laissai les larmes couler, puis les sanglots me secouer.

Après quelques minutes, Séverilla m'aida à me lever.

— Montons, on sera mieux à l'intérieur.

Je hochai la tête et essuyai mes larmes pour mieux voir. Je reniflai plusieurs fois et collai ma main contre mon nez pour empêcher la morve de couler.

Dans l'appartement, les jumelles m'accueillirent, prirent aussitôt une mine peinée.

— Ça va pas, Gwen ? me demanda Lina.

Cette dernière s'approcha de moi pour enlacer ma jambe.

Séverilla les attrapa pour les éloigner.

— Aller jouer dans votre chambre, les filles.

Ces dernières résistèrent et se tournèrent vers moi. J'essayai de les rassurer d'un sourire, mais cela ne sembla pas les convaincre.

Thomas nous rejoignit alors et fit signe aux jumelles de retourner dans la chambre.

— Vous inquiétez pas, Séverilla va lui faire un bisou magique et ça va aller mieux.

Lina revint tout de même vers moi, bien que Line avait déjà rejoint la chambre.

— Je peux te faire un bisou magique moi aussi pour t'aider à aller mieux ?

Je tentai de garder mon sourire et m'agenouillai. Elle colla ses petites mains sur mes joues et m'embrassa le front.

— Merci...

Elle m'offrit un grand sourire avant de partir en courant. Thomas ferma la porte derrière elle en nous faisant un clin d'œil.

— Désolée que ça nous fasse perdre du temps... Viens, allons sur le canapé.

Je me levai pour m'exécuter, mais fut prise de vertiges et dut me faire aider par Séverilla qui s'assit à côté de moi. Je baissai aussitôt la tête, incapable de la soutenir du regard.

Séverilla me caressa le bras, sans que cela ne me fasse beaucoup d'effet, encore trop prise par les émotions.

— Tu veux qu'on se fasse une petite thérap'amies entre nous ? Tu penses que ça va t'aider ?

Je hochai la tête, et elle réfléchit à ce qu'elle comptait me confier.

— Je n'aime pas l'admettre, mais j'ai trop de responsabilités. M'occuper des petits comme si j'étais leur parents, tout en gérant mon temps pour les devoirs et passer du temps avec vous... C'est de plus en plus compliqué. Le problème, c'est que j'ai l'impression que si je demande de l'aide, je trahis mes parents, parce que c'est mon rôle, et si je leur en parle, ils vont vouloir trouver une façon de m'alléger, mais on n'as pas les moyens d'engager une nounou, et si l'un d'eux travaille moins, on aura moins d'argent. Nous ne sommes pas non plus à la frontière de finir à la rue, mais leur revenus est trop instable et nous préférons mettre de côté au cas où leur restaurant ferait faillite.

Elle lâcha un profond soupir.

J'ouvris la bouche pour essayer de lui donner des conseils, n'importe quoi, mais seul un misérable son suivi d'un sanglot suivis.

— J'ai vraiment été touché quand tu venais pour m'aider. Et... ce n'est pas grave si tu n'as pas de conseil, je n'en cherche pas. C'était juste pour en parler et m'alléger au moins l'esprit. Je crois que je commence à y prendre goût. Est-ce que tu te sens prête à te confier, maintenant ?

Je hochai la tête machinalement. Mais seul un vide m'animait. Rien autour de moi n'existait, comme si mon âme s'était endormi, ne laissant qu'un corps incapable.

— Elle... a voulu recommencer... avec... un couteau.

Je levai les yeux vers Séverilla qui me lança un regard horrifié. Mon cœur s'accéléra et mes larmes affluèrent à la voir paniquer. La minute d'après, comprenant que cela m'affectait, elle reprit son sang froid, bien que ses yeux allaient dans tous les sens, cherchant quelque chose à dire. Mais il n'y avait rien. Et moi, je ne pouvais rien faire, à part attendre que la journée passe et pirer pour que maman se soit calmée quand je rentrerai.

Pourtant, je n'y croyais pas. Et ça me faisait vraiment peur.

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