Je tournai sur moi-même pour regarder tout autour de moi. C'était la première fois que j'entrais dans un restaurant par la porte du personnel.
Marjorie passa devant et nous conduisit jusqu'à une petite pièce contenant juste une table.
— Une fois par mois, on ferme le restaurant un peu plus tôt et on se fait un dîner en famille avec les restes. On fait au mieux pour éviter le gaspillage, alors il n'y en a pas souvent, parfois c'est juste un petit complément qu'on amène à la maison.
— Et on s'assure un moment en famille chaque mois, ajouta Grégoire. Tu pourras y participer quand tu le pourras, en tant que petite amie de Séverilla.
Je n'arrivais pas à savoir s'il appréciait l'idée ou s'il espérait secrètement que je n'y vienne jamais, mais j'étais heureuse qu'ils considèrent que je fasse aussi partie de la famille.
— Oui ! Faut que tu viennes ! insista Lina.
— Grave, c'est rigolo quand elle est là, tant qu'elle commence pas à se bécoter avec Séverilla, lança Thomas.
Marjorie afficha des yeux ronds, outrée par les mots de son fils.
— Thomas, on ne parle pas comme ça à table !
— Techniquement, on n'est pas encore assis.
Thomas affiche un grand sourire, fier de sa blague. Sa mère leva les yeux au ciel et le poussa sur une des chaises pour l'y asseoir.
— Maintenant, si. Allez, asseyez vous, les filles.
Tout le monde s'exécuta, sauf moi, parce qu'il n'y avait pas assez de chaises. Evidemment, car je m'étais ajoutée à la dernière minute.
Marjorie se leva aussitôt et se confondit en excuse.
— Je vais t'apporter une chaise tout de suite.
Elle quitta la pièce, et je me dandinai, clairement embarrassée d'être la seule debout, au centre de l'attention.
— Viens là, en attendant.
Séverilla me tira vers elle et me mit sur ses genoux. La température augmenta subitement etje regardais dans la direction opposée de la famille.
— Séverilla... commença son père.
J'esquissai un geste pour me lever, mais Séverilla me retint.
— Ce serait malpoli de laisser une invitée debout, tu ne trouve pas ?
Un petit ornait ses lèvres. Elle gardait son air habituel, mais je devais dire que là, elle me faisait beaucoup trop d'effet.
Je n'oserais plus jamais croiser le regard de son père après ça.
J'essayai au moins d'alléger mon poids le plus possible afin de ne pas lui faire mal.
Finalement Marjorie revint. Elle se stoppa à l'entrée, mais je n'osais pas observer sa réaction. En tout cas, elle ne fit aucun commentaire et posa la chaise à côté de Séverilla. Je glissai sur celle-ci sans attendre afin de stopper le malaise.
— Ça va, je ne t'ai pas mis trop mal à l'aise ? me murmura-t-elle près de l'oreille pendant que la famille discutait.
Je frissonnai à son souffle.
— La prochaine fois, évite de faire ça devant tes parents et les enfants.
Elle lâcha un petit rire, et je me rendis alors compte de ce que je venais de sous-entendre.
— J'y penserai.
Elle déposa un furtif baiser sur mes lèvres, puis se redressa comme si de rien n'était, bien que de petites rougeurs coloraient ses joues.
Je devais être pire qu'elle. Cela dit, la gêne n'était dû qu'à la surprise et la présence d'autres, surtout qu'il s'agissait de sa famille, mais je devais avouer que j'appréciai cette proximité.
Les parents quittèrent la table pour ramener les plats qui étaient d'un pur délice. Je ne comprenais pas pourquoi leur restaurant n'avait pas plus de succès. Il faudrait que j'essaie d'en parler à ma famille et de leur conseiller d'en parler autour d'eux.
Ma famille...
A les voir ainsi, discuter et rire, je ne pus m'empêcher d'envier Séverilla. Certes, ils ne passaient pas énormément de temps ensemble, et avaient même très peu de temps pour cela d'habitude, mais au moins ils s'entendaient bien, et surtout, ils étaient naturels. Ils n'avaient pas à se forcer à sourire. Lina tirait la tête, et personne ne lui faisait de remarque, à part pour s'assurer qu'il n'y avait pas de problème avec la nourriture.
C'était acquis que pour elle, dépenser autant d'énergie la rendait comme cela après.
J'aurais tellement voulu que ma famille soit comme cela aussi. Ne pas avoir l'impression d'insulter la terre entière juste parce que j'étais fatiguée.
La main de Séverilla se glissa dans la mienne, et je posai ma tête sur son épaule, yeux fermés.
***
Nous couchâmes les enfants en arrivant et les parents ne tardèrent pas à en faire de même. Je ne savais pas si c'était la fatigue, mais ils semblaient soit m'avoir oublié, soit considérer que ma présence était acquise, comme une soirée du vendredi.
Je supposai alors que je dormirai dans le canapé. Il était plutôt confortable, alors cela m'allait. On n'allait pas sortir des sacs de couchages et risquer de réveiller tout le monde alors qu'ils venaient de pénétrer dans le monde des rêves.
Je m'assis sur le canapé, et, quand Séverilla voulut me rejoindre, une idée machiavélique me vint en tête et je décidai de me venger. Je pris une de ses mains et la tint par la taille pour l'attirer sur mes genoux.
La surprise laissa rapidement place à un sourire malicieux.
— Tu ne perds pas de temps... souffla-t-elle.
Une de ses mains glissa sur ma joue qu'elle caressa. Puis, elle se pencha pour m'embrasser. Ce fut la folie dans mon ventre et je la serrai un peu plus.
Elle finit malheureusement par s'éloigner, mais son regard était devenu plein d'un désir nouveau et d'une question silencieuse.
J'y répondis en m'appropriant de nouveau ses lèvres, et bien que maladroitement, nos langues se rencontrèrent. Des milliers de frissons m'envahirent alors que nous tentions de découvrir l'intérieur de la bouche de l'autre.
C'était assez particulier, d'autant plus que c'était notre première fois à toutes les deux, mais c'était plutôt agréable. On manquait juste de pratique. Quel dommage, on allait devoir beaucoup s'embrasser pour s'améliorer.
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A la lettre
Ficción GeneralGwen s'écrit des lettres. Des lettres de haine. Des lettres pour la faire culpabiliser. Des lettres que personne ne doit découvrir. Sauf que c'est arrivé.
