Chapitre 32

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     Alors que son ventre commençait à crier famine, elle consulta sa montre : 22h. Elle réalisa qu'elle n'avait pas mangé de la journée. La jeune femme décida de continuer à travailler tout en commandant une assiette d'amuse-bouche. La lumière puissante des spots lui permettait aisément de continuer de poser ses idées sur le papier bien que le soleil fut couché depuis un moment déjà.

     L'air frais qui prenait doucement place était des plus agréables au vue de la chaleur qui avait sévi tout l'après-midi. Anissa s'était d'ailleurs fait violence pour ne pas aller se baigner. Elle avait un peu trop profité ces derniers jours et le temps commençait à jouer en sa défaveur. Heureusement, les décors idylliques qu'elle côtoyait depuis cinq jours maintenant l'inspiraient beaucoup.

     Pourtant, Anissa supportait de moins en moins la solitude malgré la présence occasionnelle de Clarke et de Romuald. La jeune femme ressentit alors le besoin de parler ouvertement avec quelqu'un qu'elle portait dans son coeur. Depuis la mort de ses parents il y a deux ans de cela, Clara était devenue la personne la plus importante dans sa vie. Déçue par sa précédente relation et dévastée par la perte tragique de ses proches, Anissa n'avait jamais retrouvé de réel partenaire depuis. Aucun ne lui convenait, elle se lassait vite, ce n'était que de brèves aventures. Fille unique, elle n'était pas très proche du reste de sa famille, des gens trop étroits d'esprit à son goût qu'elle n'avait d'ailleurs pas revu depuis l'enterrement. Son travail, c'était la chose qu'elle avait de plus chère, la chose à laquelle elle s'était accrochée, qui lui avait permis de ne pas sombrer.

     Anissa voulait que Clara soit là avec elle. Pouvoir la serrer dans ses bras et rire à gorge déployée. Hélas, elle était encore en France, et n'arriverait que deux jours plus tard. Mais Anissa avait besoin d'entendre une voix familière et rassurante dans un moment où elle commençait à douter de ce pour quoi elle était là, seule devant ses esquisses et ses pensées.

     Empoignant alors son téléphone, elle appela son amie qui mit un certain temps à décrocher :

— Allô Clara ? Je t'entends mal tu es où ? Je ne te dérange pas ?

— Anissa ! Comment ça va ?

     Sa voix si dynamique et chaude, débordante d'amour, enveloppa le coeur d'Anissa en une fraction de seconde. Elle souffla, apaisée, rassurée.

— J'ai essayé de te joindre hier tu n'as pas reçu mes appels ?

— Je les ai vus mais bien après. Avec le décalage horaire j'avais peur de t'appeler en pleine nuit. D'ailleurs, il est quelle heure en France ?

— 10h.

— 10h du matin ? Déjà ? Tu as ton vol bientôt alors ?

— Oui, je dois être à l'aéroport dans une heure. C'est la course pour finir ma valise je ne te raconte pas !

     À en entendre le bruit que faisait Clara en se dépêchant, il était évident qu'elle ne mentait pas.

— Tu veux que je te laisse ?

— Non, ne t'inquiète pas je fais les deux à la fois. Et ça me fait du bien de prendre de tes nouvelles. Tu t'es faite discrète ces derniers jours dis-moi !

— C'est vrai, j'ai pas mal travaillé. Mais je commence à en avoir marre d'être seule ici. J'ai tellement hâte que tu arrives !

— Bientôt je serai là ne t'en fais pas. Mais tu n'as rencontré personne ?

— Si, j'ai fais quelques connaissances, mais je n'ai pas encore trouvé ta remplaçante malheureusement, la taquina Anissa.

— J'espère bien ! Il manquerait plus que ça !

     Anissa se tut un instant. Elle hésita à lui raconter sa mésaventure avec Clarke. Ce n'était peut-être pas la peine de le mentionner maintenant en sachant que cette histoire était finie depuis son comportement la veille. Mais elle ne put tout de même s'empêcher de l'évoquer. Et puis, Clara adorait les potins.

— Par contre dit-elle lentement avec un sourire sur les lèvres que son amie devina.

— Par contre quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Aurais-tu rencontré quelqu'un Anissa Morau ? demanda Clara amusée.

     De toute évidence, Anissa avait piqué sa curiosité. Elle imagina sa mine réjouie et son sourire à la fois malicieux et espiègle plaqué sur son visage. La jeune femme hésita un instant, ne sachant sous quel angle abordé le sujet. Son amie la connaissait décidément sur le bout des doigts.

— Tu n'imagines même pas comme il me plaît.

— Houlà, ma chérie, ne couche pas avant que je sois là d'accord ? s'exclama son amie en riant. Il te faut mon approbation. Et surtout si tu espères plus qu'un coup d'un soir avec lui, fais le attendre !

En corps de toiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant