Chapitre 64

234 19 24
                                        

     Les deux femmes passèrent un bon moment à parler et à s'amuser, se racontant la soirée et discutant des personnes qui y étaient. Mais vers les alentours de 3H00, quelque chose attira le regard de Jemma dont l'attention était pourtant polarisée par Anissa. Elle se leva alors et se rapprocha de la baie vitrée dont les rideaux n'étaient pas tirés.

— Regarde, il y a une chambre qui vient de s'allumer de l'autre côté !

— Ah oui ?

     Anissa se releva alors précipitamment du lit sur lequel elle était affalée. Elle rejoignit Jemma et plissa les yeux.

— Je crois voir du mouvement d'ailleurs. Mais alors pour voir qui c'est ne compte pas sur moi !

— Mais, c'est le bungalow de Clarke ! remarqua Anissa.

— On dirait qu'il y a quelqu'un dans le salon ! chuchota son amie tout en collant son nez contre la vitre de la chambre.

— C'est lui... Il a l'air bien seul en tout cas. Tu penses qu'il peut nous voir ?

— Je ne sais pas trop, et à vrai dire, je n'en ai rien à faire ! avoua-t-elle tout en ouvrant la baie vitrée. On peut même l'appeler, tiens ! Eh ! Clarke ! Regarde mon doigt !

     Jemma leva alors son majeur en l'air. Anissa la rattrapa de justesse et mit sa main sur la bouche de la jeune femme avant qu'elle ne se rende sur la terrasse. Elle la tira en arrière et éteignit la lumière.

— Arrête, tu es malade ! s'exclama-t-elle en riant. Il a dû te voir !

— C'est bon, ce n'est pas grave. Laisse-moi regarder s'il nous a repérées, dit-elle tout en se relevant.

     Les deux femmes passèrent alors leur tête par l'entrebâillement de la fenêtre. Clarke était toujours assis sur le canapé. Son visage semblait crispé et il scrutait les alentours.

— Il a forcément entendu..., culpabilisa Anissa.

— C'est sûr, il n'y avait pas un bruit ! Bon, ça lui fera les pieds. On met de la musique histoire de réveiller un peu l'hôtel ?

— Il y a mon enceinte dans le salon.

— Allez, viens Anissa, arrête de l'observer. C'est un froussard.

— Attends, Attends ! Il se lève !

— Et ?

— Il va dans la salle de bain...

— Non ! Incroyable ! s'exclama Jemma qui sortait de la chambre.

— Si, je te jure ! Mais quand est-ce qu'il se déshabille ?

     Le rire gras de Jemma dans le salon parvint jusqu'aux oreilles d'Anissa.

— Je me disais bien aussi ! C'est bon, tu le materas une autre fois.

     Anissa se retira de sa cachette peu de temps après lorsqu'elle vit les lumières s'éteindre de l'autre côté de l'eau.

— Tu aimes ?

— Les musiques espagnoles qui bougent ? Bien sûr que j'aime !

— Alors viens danser, dit Jemma tout en se déhanchant au rythme de la mélodie.

     Anissa accepta avec empressement l'invitation de la jeune femme. Son fessier se laissa entraîner et suivit le rythme.

— C'est que tu danses bien pour une blanche, dis donc, constata Jemma surprise.

— Ah ! Ah ! Ça arrive parfois que certaines se débrouillent.

— Le mouvement de bassin est bien exécuté, les hanches bougent joliment de droite à gauche, le fessier enchaîne proprement ses allers- retours... contempla son amie en prenant du recul. Attends, il faut que je te mette une bonne musique de zouk là. On va voir ce que tu vaux vraiment.

     Jemma délaissa alors sa partenaire pour changer la musique de l'enceinte.

— J'ai toujours voulu apprendre à le danser. Mais pas sûr que je sois très douée.

— J'ai appris le zouk aux Antilles. Ma mère est originaire de là-bas.

     Jemma zappa quelques musiques, puis acquiesça en entendant quelques notes vibrantes résonner. Elle rejoignit Anissa sur la piste improvisée.

— Je vais te montrer. Cette danse, c'est simple, tu attends un bon accent pour te lancer et... Droite gauche, droite gauche. Tu laisses aller ton bassin au rythme doux du son qui t'imprègne. Il faut le laisser te gagner, le laisser rentrer en toi et te donner le mouvement. C'est une danse sensuelle, il faut la vivre.

— Je ne suis pas sûre de bien m'y prendre. J'ai besoin d'une partenaire, conclut Anissa en attrapant Jemma par la taille.

     Cette dernière commença alors à mener la danse en l'aiguillant. Elle savait très bien y faire et ses allées et venues le long de la cuisse d'Anissa firent naître de l'envie chez cette dernière. Et puis, elle commençait sérieusement à douter de son hétérosexualité à sa manière de la regarder, de lui parler, de lui faire des petites attentions. Et son arrivée à l'improviste à deux heures du matin dans sa chambre ne semblait maintenant que peu résonner comme une visite amicale.

     Cette pensée ravit Anissa. Que Jemma soit sûrement attirée par elle la flattait, mais surtout, commençait à devenir une possibilité plus que plaisante pour la suite de la soirée. Alors, se laissant guider par son envie, et sans doute légèrement aidée par l'alcool, Anissa se laissa dire ses pensées à haute voix.

— J'ai toujours eu envie de le faire avec une femme. Elles doivent mieux savoir s'y prendre que les hommes.

     Jemma la regarda quelques secondes avec un regard mélangé à la fois d'amusement et de défi. Comme si elle n'attendait qu'un feu vert de sa part. Elle finit par se lancer.

— Si tu veux, je peux te montrer à quel point elles surpassent ces messieurs.

     Anissa fut incapable de ravaler un sourire qui lui fendit le visage en deux. Elle se laissa tenter et suivit Jemma jusqu'à la chambre. Une vague de désir et de curiosité l'avait envahie. Être en présence de cette femme si douce et sûre d'elle à la fois la mettait en confiance. Les courbes de son corps joliment mises en valeurs dans cet ensemble noir moulant lui donnaient envie. Dès le premier regard, Anissa l'avait vu différemment des autres femmes sans même s'en rendre compte. L'excitation n'était pas la même qu'en présence de Clarke... C'était différent, mais cela avait tout autant de charme.

     Du charme à la manière que Jemma eut de se retourner vers elle une fois devant le lit, un sourire délicieux parcourant ses lèvres. Du charme à sa manière de prendre les devants en s'approchant d'elle et de passer sa main sur sa joue. À la manière dont elle l'embrassa d'abord délicatement, respectueusement, puis avec plus de fougue. 

En corps de toiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant