Chapitre 55

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     Anissa s'écroula sur son lit. Deux heures du matin étaient passées et elle avait travaillé sans relâche toute la soirée. Elle avait bien avancé, fort heureusement pour elle en vue des jours qui filaient. Cela avait même été étonnamment simple. C'était sans doute un moyen pour Anissa d'échapper à la situation, le seul moment où elle pouvait mettre son énergie à penser à autre chose. Cette habitude de concentrer son attention sur son travail, comme depuis deux ans. Clara était venue lui rendre visite plusieurs fois, notamment pour manger un bout avec elle. Elle la connaissait assez pour savoir qu'Anissa ne se serait pas nourrie, trop absorbée par son travail. Mais elle avait fini par la laisser se concentrer pour se rendre au spectacle de l'hôtel où Anissa n'avait pas souhaité venir malgré les nombreuses sollicitations de son amie.

     Il fallait maintenant qu'elle dorme durant les quelques heures qu'il lui restait avant de se lever. De plus, sa valise n'était pas faite et ses affaires dispersées un peu partout dans la chambre. Mais rien de tout cela ne la préoccupait. Ses pensées étaient absorbées par Clarke. Elle se souvint de toutes les attentions qu'il avait eues pour Mélonie et leur démonstration ironique d'amour sous ses yeux. En se remémorant ses images elle dut bien l'admettre, la jalousie la rongeait. Elle n'avait pas vraiment l'habitude d'éprouver pareil sentiment, ayant toujours eu confiance en ses partenaires et n'ayant jamais envié une autre femme. Mais, elle le savait au fond d'elle, Clarke commençait à lui manquer et le voir ainsi avec une autre l'irritait profondément. La rancœur et le dégoût commençaient à laisser place aux douloureux souvenirs et peut-être même à l'envie.

     C'était lui-même qui avait fait renaître cela en elle par ses mots cet après-midi quand il était venu s'expliquer. Tout compte fait, le voir avec une autre alors qu'il était sien il y a quelques heures à peine ne l'enrageait plus, cela rajoutait du défi. Ce n'était pas le fait de l'avoir perdu qui la dérangeait, mais celui de s'être laissé berner. Et perdre le contrôle sur lui, suscitait maintenant chez la jeune femme l'envie de lui montrer à qui il avait affaire. Le défi la stimulait et l'échec la rendait plus forte. Il fallait qu'elle replace ses pions, arrange son jeu et adapte sa stratégie. Alors Clarke, on cherche à gagner la partie ?

     Le désir que lui avait témoigné le jeune homme dans l'après-midi hanta la mémoire d'Anissa avant qu'elle ne sombre dans un lourd sommeil. Le lendemain, la matinée fila à toute allure. La jeune femme ne cessa de courir partout pour finir de se préparer et surtout de ranger ses affaires. Aujourd'hui, elle ne savait pas vraiment où se positionner : ni emprunt à la joie, ni envie de se morfondre. À voir comment la journée se passerait.

     Elle referma une dernière fois la porte de sa suite d'un geste brusque et souffla. En traversant lentement le couloir, elle regarda la chambre de Clarke. Anissa avala sa salive lorsqu'elle entendit un semblant de phrase prononcé par une voix féminine. ... Elle finit par détourner les yeux et profita une dernière fois d'être dans ce superbe hôtel. Elle s'attachait facilement aux lieux et aux souvenirs qu'ils créaient en elle. Et ça se ressentait dans son travail. Sans doute une des raisons pour lesquelles elle excellait tant.

     Un dernier café à l'hôtel avec Clara après avoir rendu ses clefs et l'on vint leur annoncer que les taxis étaient là. Anissa parcourut le hall de cet imposant bâtiment et sortit. Le temps n'était pas au beau fixe encore aujourd'hui et la météo semblait incertaine.

— Tiens, ils sont déjà en bas ! constata Clara en saluant d'un signe de la main le couple.

— Ah oui, super. On va être avec eux dans le taxi ?

— Je ne crois pas, ça serait difficile avec toutes les valises. Mais tu vas malheureusement être amenée à beaucoup les avoir sous les yeux ces prochains jours. Ça ira pour toi ?

— Je ne sais pas. Je suis réticente à l'idée de voir leur amour s'exposer sous mes yeux en sachant à quel point il s'est foutu de moi... Et puis, tu me connais, quand il y a quelque chose qui m'énerve, je me renferme.

— Oui, ça c'est bien vrai. Mais ça devrait être à lui de se faire tout petit et certainement pas l'inverse, la conforta son amie en lui emboîtant le pas pour descendre les escaliers.

     Les deux femmes rejoignirent le petit groupe et s'installèrent dans les voitures. Anissa se força à ne pas leur adresser un regard.

— Les vacances commencent maintenant ! s'exclama Clara en prenant la main de son amie.

     Anissa sourit tendrement. Elle était heureuse de l'avoir à ses côtés. La jeune femme se retourna une dernière fois pour admirer par la vitre arrière de la voiture l'hôtel qui disparaissait déjà dans la végétation. Elle soupira la gorge serrée avant de se retourner. Ça y est, je laisse Clarke et cette histoire là-bas.

     Le trajet ne dura que quelques minutes sous un ciel menaçant pour rejoindre le ponton où ils devaient prendre le bateau. Les deux amies, arrivées après Clarke et Mélonie, montèrent dans la navette maritime suivante au même moment où un grondement brisa le calme du lagon. Une averse sévit pendant toute la durée de la traversée rendant impossible toute visibilité à plus de deux mètres. Le vent soufflait par rafales sur les vitres peu épaisses de leur embarcation et les remous de l'eau venaient freiner leur avancée, laissant les deux amies que peu rassurées.

     Mais le ciel finit par se dégager aussi vite qu'il s'était assombri pour faire place à un agréable soleil. Pile à temps pour laisser les deux jeunes femmes admirer les imposants bungalows flottants comme en apesanteur sur le lagon qui leur apparaissaient.

En corps de toiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant