Alors qu'Anissa était en pleine observation, Romuald lança d'une voix un peu plus forte, comme à lui-même :
— La serveuse est sacrément mignonne. Je testerai bien une vahiné moi.
Le visage d'Anissa se crispa et son regard devint glacial.
— Pardon ? J'espère que c'est une plaisanterie ! Êtes-vous conscient de ce que vous dites ?
Romuald, enhardie par l'alcool, repoussa alors plus violemment qu'il n'aurait voulu sa chaise pour se lever et continua avec désinvolture dans sa lancée :
— Oui, Alice ; et je vais même redemander une boisson, mon verre est encore vide.
Anissa resta clouée sur son siège. L'inquiétude était peinte sur son visage. Elle l'examina, totalement déconcertée, sans savoir de quelle manière réagir. Il était clair que l'homme qu'elle avait en face d'elle n'était plus maître de lui- même. Et merde, comment l'alcool peut monter aussi vite ?
Romuald essaya d'avancer mais il se heurta à la table devant lui, qui le fit tituber davantage. Il se rattrapa in extremis à la rambarde, avant d'interpeller la serveuse.
— Hé, mademoiselle ! Jeune femme ! Beauté des îles ! Beauté des îles que j'ai dit ! Hi ! Hi ! s'amusa-t-il tout en continuant d'avancer en poussant tout sur son passage.
Sa voix avait pris un ton étrange, rauque. Anissa ne savait plus quoi faire et commençait à crouler sous la honte même si ce n'était pas d'elle dont il s'agissait. La serveuse s'était arrêtée pour regarder Romuald, tout comme les quelques clients du bar qui avaient stoppé leur conversation, visiblement embarrassés. Anissa ne voulait pas lui être associée, et encore moins dans cet état. Elle avait souhaité passer la soirée discrètement, sans se faire remarquer, c'était raté de toute évidence. Mais elle ne pouvait pas non plus filer et laisser ce misérable dans cet état.
Anissa se leva, le rejoignit au comptoir et essaya de le calmer. Cependant, il ne lui accorda pas la moindre attention, trop affairé à commenter la carte des boissons à haute voix d'un ton bourru. Anissa sentit alors peu à peu son sang-froid l'abandonner et son cuir chevelu picoter au fur et à mesure que la fureur l'envahissait. Il lui fallait de l'aide mais à part des regards de travers, elle ne recevait assistance de personne. Jetant un coup d'oeil vers l'inconnu qu'elle avait oublié le temps d'un instant, elle le vit se lever et s'élancer à leur rencontre.
*
Il était temps d'agir. Clarke avait vu Romuald se lever en titubant et se mettre à parler bruyamment. Les clients et le personnel commençaient à s'inquiéter pour leur sécurité face à pareil individu. Mais le jeune homme connaissait un tant soit peu son ami, et il savait que celui-ci n'était pas agressif, même avec ce taux d'alcool dans le sang. Aussi, à la vue du visage décomposé et circonspect d'Anissa, le jeune homme se dirigea vers Romuald, accoudé au bar. Quand ce dernier se retourna vers lui, il le saisit par les deux bras fermement.
— Hé ! Hé ! Calme-toi, calme-toi lui ordonna Clarke d'une voix tranchante et autoritaire.
— Mais je suis très calme ! cria Romuald en le repoussant.
— Oui, si tu le dis. Mais accompagne-moi au moins un peu dehors, tu pourras crier comme tu veux là-bas.
Clarke fit alors passer le bras de Romuald autour de son cou.
— Allez, viens, appuie-toi sur moi, voilà comme ça et ne tombe pas !
Son ivrogne d'ami geignit mais se laissa malgré tout entraîner. Après quelques pas, Clarke se tourna vers Anissa restée en retrait.
— Vous allez bien ?
Sa voix suave parcourut la peau de la jeune femme et embrasa son corps comme un courant électrique. Son souffle s'en trouva coupé. Elle acquiesça, empourprée. Bah merde alors, Anissa Morau, ressaisis-toi !
— Ça ne vous dérangerait pas de m'accompagner jusqu'à sa chambre ? J'aurai besoin qu'on m'ouvre la porte.
Malgré ses yeux bleus désinvoltes, Anissa se ravisa et reprit du poil de la bête. Pas question de se laisser impressionner par ce visage, ce corps, cette musculature, cette voix, ce regard... Trop de choses chez cet homme étaient des raisons à elles seules d'être chamboulée. Anissa se para alors de son visage professionnel, ce qu'elle connaissait de mieux pour gérer les situations délicates.
— Oui, pas de soucis, dit-elle d'une voix plus ferme qu'elle aurait voulu.
Retournant à la table pour récupérer son sac à main et fuir cet homme, elle entendit Clarke proférer des excuses au personnel. Une pointe de stress s'était insufflée en elle face à ce premier contact. Le sang qui lui montait à la tête quelques secondes auparavant semblait avoir subitement quitté son corps. Oh bordel, il va falloir que j'y retourne !
Elle retrouva les deux hommes à l'entrée du bar, un sourire en coin.
— Attendez, je vais vous aider à le porter, dit-elle en revenant vers eux.
Tout comme Clarke quelques secondes avant, elle fit passer le bras libre de Romuald autour de son cou. Ils prirent alors la route qui remontait vers l'hôtel.
— Merci, vous n'étiez pas obligée. Je suis désolé pour ce soir, Romuald est quelqu'un qui tient l'alcool d'habitude.
Le regard d'Anissa quitta le chemin pour se concentrer sur Clarke, les yeux arrondis de surprise.
— Ah ! Vous le connaissez ?
Elle ne put alors s'empêcher d'admirer sa bouche charnue sans parvenir à s'en détacher. Mais elle se ravisa et détourna ses yeux. Mauvaise idée, si je veux le mater, autant qu'il ne puisse pas le remarquer.
— Oui, nous étions dans le même avion. Je le connais depuis quelques jours seulement mais ça ne m'a pas empêché de le voir déjà deux ou trois fois repousser ses limites dans l'alcool Je suis étonné qu'il ait déraillé ce soir.
— Il faut dire qu'il a bu pas mal de verres... Quatre ou cinq au moins il me semble.
— Il devait avoir la pression, s'amusa Clarke en lançant un regard pétillant à Anissa.
Le petit groupe remonta le chemin jusqu'à l'hôtel, et passa devant la grande fontaine principale. Ils s'engouffrèrent dans le bâtiment et montèrent l'escalier avec difficulté. Le licheur de mojito, qui semblait s'être quelque peu calmé, se laissait porter et entraîner là où bon leur semblait. Arrivés à l'étage, ils prirent le couloir de gauche.
— Sa chambre est là, dit Clarke tout en désignant la porte d'un signe de tête.
Anissa sourit discrètement. Ils s'étaient arrêtés devant la porte n° 37. Ce n'était donc pas la chambre d'une femme, comme elle se l'était imaginé, mais bien celle de Romuald. Elle se sentit à la fois idiote et rassurée.
— Vous-pouvez atteindre sa clef ? Je pense qu'elle doit être dans sa poche avant. Si ça vous gêne, je peux m'en charger.
— Non, ça ira, je vais le faire. Mais je dois le lâcher, informa Anissa tout en se dégageant de l'étreinte de Romuald.
Son retrait n'eut aucune répercussion sur la stabilité des deux hommes.
— Ah ! Très bien, je vois que je ne servais pas à grand-chose, s'amusa la jeune femme qui commença à tâter les poches de Romuald.
Clarke esquissa un sourire malicieux.
— Si, je vous assure. Il met tout son poids sur moi maintenant, et je risque de flancher d'un moment à l'autre...
— Ah, je crois qu'elle est là, remarqua Anissa en insérant sa main dans une des poches.
Elle en ressortit une épaisse clef, triomphante. Elle déverrouilla alors la chambre plongée dans l'obscurité et poussa la porte. La jeune femme laissa rentrer les deux hommes, appuya sur l'interrupteur de la lumière et leur emboîta le pas, le cœur battant.
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En corps de toi
Romance"Anissa le trouvait beau comme un Dieu, allongé là sur ce grand lit, les yeux bleus perçants et le torse exposé. Son érection, largement visible, faisant tendre tout son pantalon. Son visage ne pouvait mieux traduire l'excitation. Elle aurait pu jou...
