Chapitre 56

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— Alors, il y aura qui du coup ? demanda Clarke une fois dans la navette.

     Mélonie plissa les yeux et commença à compter sur ses doigts pendant quelques secondes.

— À part nous quatre, il y aura Jacob et Aymen qui viennent avec leur yacht. Après, je ne sais pas qui ils ont amené exactement avec eux. Il y a deux de leurs amis qui arrivent par avion ce soir mais j'ignore leur nom. Jacob aura sûrement ramené sa copine, Sofia.

— Ils n'ont pas de copine les autres ? demanda Clarke.

     Il manquerait plus qu'Anissa en trouve un à son goût.

— Je ne sais pas, mais je ne crois pas, non. Et puis il y a Angèle qui arrive ce soir. Tu vois qui c'est, non ? Elle était à la soirée à Paris où on est allé le mois dernier. La grande brune.

     Clarke fronça les sourcils un instant comme pour chercher dans ses souvenirs.

— Ça ne me dit rien, finit-il par dire d'une voix monocorde.

     Mélonie laissa échapper un soupir, visiblement exaspérée.

— Mais si ! La peau blanche, avec des yeux bleus en amande.

— Non, désolé, je n'ai vu que toi ce soir-là.

     Le visage de sa fiancée, renfrogné quelques secondes plus tôt, s'épanouit subitement en un sourire.

— Oh, chéri ! T'es adorable ! répondit-elle en lui déposant un baiser.

— Et après, qui d'autre ?

— Et après, une autre fille avec elle je crois. Elles prendront un bungalow, Angèle et elle, comme les deux garçons que je ne connais pas. Les autres resteront sur le bateau. Voilà, on sera une douzaine.

— De quoi passer de bonnes soirées !

— Ah ça, c'est sûr ! Surtout si on invite en plus des gens que tu as rencontrés à l'hôtel.

     Clarke sentit son ventre se nouer. Elle ne va pas s'y mettre.

— Oui, Romuald évidemment. Mais je ne suis pas sûr que les trois filles puissent bien s'entendre avec les autres. Elles n'ont pas l'air de beaucoup se mélanger.

     Eurent-ils à peine achevé leur conversation que déjà le bateau ralentissait sa course pour s'amarrer au ponton de ce nouvel hôtel. Ils descendirent de la navette et une Vahiné vêtue d'une longue robe blanche leur offrit des colliers faits avec des fleurs de Tiare. Deux majordomes vinrent à leur rencontre pour réceptionner leurs valises et les faire pénétrer dans l'enceinte du lieu. C'était en tout une cinquantaine de bungalows sur pilotis qui se répartissaient autour de deux passerelles en bois sur une grande superficie. La vue de ce motu qui donnait sur l'île verte de Bora Bora était imprenable. Mais avant d'espérer profiter de ce luxe, les vacanciers devaient se rendre à la réception se trouvant en bordure de plage.                                                                     

     Le couple s'avança alors sur le ponton, dont le seul écho de leur pas sur le bois venait troubler la douce mélodie du lagon. Arrivés sur la terre ferme, ils traversèrent ensuite les espaces de verdures de l'hôtel, où de grands palmiers côtoyaient le sable blanc. Une fois devant la réception, une bâtisse ouverte sur l'extérieur avec un toit en pandanus tressé, Anissa et Clara ne tardèrent pas à les rejoindre, un collier de fleurs autour du cou.

— Alors, vous vous êtes aussi pris l'averse ? se renseigna Mélonie auprès des deux jeunes femmes.

— Oui, c'était impressionnant d'ailleurs. Mais vous avez vu un peu la beauté du paysage ? questionna Anissa charmée.

— C'est Bora Bora en même temps, il fallait s'y attendre, répondit sèchement Mélonie.

     Clara ouvrit grands les yeux, stupéfaite. Elle tenta alors de rattraper la situation en bafouillant.

— Oui... c'est vraiment, trop beau ! J'ai hâte de voir ce que nous réservent les bungalows !

     Le petit groupe pénétra dans la réception. Le bois des murs se mélangeait ici à la végétation et des pavés de basalte noir tapissaient le sol. Une douce odeur florale régnait au comptoir où deux couples sans doutes en lune de miel attendaient d'être escortés jusqu'à leur bungalow.   Bien qu'impatients, le groupe dut cependant attendre un instant que leur tour arrive. Le cocktail de bienvenue et les sièges en rotin du hall furent d'agréables compagnies pour Anissa. Elle s'assit dans celui en face de la réception et observa ce qui l'entourait en sirotant son Bora-Bora. Mais très vite, ses yeux dérivèrent sur Clarke, assis sur le fauteuil le plus éloigné d'elle. J'ai la peste ou quoi ?                      

     Leurs regards se croisèrent et ils se perdirent un instant dans cet échange. Ses nerfs commencèrent à la picoter. Les yeux de Clarke étaient magnétiques, presque hypnotisant malgré l'air impassible qu'il arborait. Impossible de deviner sa pensée à ce moment précis. Mais le jeune homme finit par tourner la tête, sans doute pour fuir un jeu qu'il ne maitrisait plus. Anissa ne se défila pas pour autant et continua de l'observer. Cette chemise bleue moulait délicieusement son torse et ses cheveux fournis et ébouriffés lui donnaient un air sauvage. Avec ses vêtements mouillés et la chevelure encore humide de la pluie qui avait sévi,  cet homme représentait le mot sexy à lui seul. Anissa se surprit à se mordre la lèvre. Merde.             

     Elle finit par détourner les yeux à contrecœur en cherchant une nouvelle source d'occupation. Mélonie et Clara parlaient avec un membre du personnel. Décidément, même avec un short moulant qui s'arrêtait juste sous les fesses de Mélonie pour mieux les galber, Anissa les chercha du regard.                                                      

     Même si une relation ne se basait bien évidemment pas sur le fessier, Anissa ne trouvait rien de vraiment attirant chez cette femme, en se voulant objective. Et puis, ne serait-ce que la manière dont elle l'avait reprise quelques minutes plus tôt à propos de la beauté de l'île, la gentillesse ne semblait pas être son fort.

     Anissa était en proie à ses pensées lorsque Clara, déjà affairée à suivre un réceptionniste, l'appela et lui fit signe de la rejoindre.

— Bon, pas une seconde à perdre, je veux voir ce que cet hôtel a dans le ventre !

En corps de toiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant