Chapitre 51

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     L'air était lourd et le temps changeant. Déjà, une goutte de pluie perla sur le front de Clarke. Après avoir prétexté un détour à la chambre, il arpenta l'allée de la plage à vive allure. Il devait faire vite s'il ne voulait pas se prendre une averse.

     Mais où avaient-ils bien pu aller ? Romuald restait toujours à proximité des bars. En espérant qu'Anissa soit encore en sa compagnie. Clarke prit donc la direction du bar de la plage. Et c'est effectivement là-bas qu'il trouva Romuald quelques secondes plus tard attablé avec Anissa. La voir ainsi au bout de la terrasse lui fit perdre le peu de confiance qu'il lui restait encore... Que dire ? À quelle réaction s'attendre ? Accepterait-elle au moins de lui parler ?

     C'est le cœur serré et le souffle court qu'il s'avança vers cette femme qui l'impressionnait plus encore que lors de leur première rencontre. La voir sourire ainsi et rire avec Romuald l'irrita. Il fallait qu'il stoppe cette conversation, aussi bien pour lui parler que pour arrêter ce petit jeu entre eux. Suis-je vraiment en train de prendre la bonne décision ?

     Mais avoir une discussion avec elle, il le désirait au plus haut point. Quitte à ce qu'elle se passe mal. Quitte à ce qu'Anissa soit agressive ou l'envoie au diable. Il voulait au moins s'excuser et apaiser sa culpabilité qui ne faisait que croître depuis une semaine.

     Au moment, où il traversa la terrasse, la jeune femme le vit. Elle s'empourpra et une légère moue de dégoût traversa son visage. Clarke s'en aperçut mais ne s'arrêta cependant qu'une fois à leur portée. Romuald se retourna en sentant une présence à côté de lui.

— Tiens, Clarke ! Qu'est-ce qui t'amène ? Joins-toi à nous si tu veux ! lui proposa celui-ci en désignant une chaise de la main.

     Anissa ne lui laissa pas le temps de répondre :

— Elle n'est pas là, ta femme ?

     Clarke détourna les yeux de Romuald pour observer l'auteur de cet affront. Il se mordit la lèvre inférieure lorsqu'il constata qu'Anissa l'avait déclamé très sereinement, le regard vide. Il préféra ne pas lui répondre.

— J'aurais bien aimé me joindre à vous Romuald, mais je ne viens pas pour ça.

     Prenant son courage à deux mains, il plongea ses yeux dans ceux de la jeune femme.

— Anissa, je peux te parler ?

— À quel propos ? se renseigna-t-elle froidement.

— Oui, à quel propos ? questionna Romuald légèrement intrigué.

     Qu'est-ce qu'il veut celui-là ?

— À propos de... À propos de Mélonie.

     Anissa savait à ce moment précis mieux que quiconque qu'elle devait refuser, mais trop de questions la taraudaient pour y arriver. Elle voulait au moins le confronter une fois, et comprendre pourquoi cette lueur dansait encore dans les yeux de Clarke quant-il les posait sur elle. Était-ce de l'amusement ? Du chagrin ? ... Du désir ?

— Mélonie ? Ah oui, ta femme. J'ai deux minutes à t'accorder, dit calmement Anissa en se levant. Je reviens Romuald.

— D'accord, répondit celui-ci sans trop comprendre la situation. Mais, je vais peut-être aller m'abriter, j'ai senti une goutte de pluie.

     Clarke l'observa venir à lui et l'emmena jusqu'à un espace un peu plus isolé du bar, au plus près de la lagune. Le jeune homme s'accouda à la rambarde sans dire un mot. Il la regardait de côté, les yeux pleins de remords. Son expression de visage était grave et semblait sincère.

— Bon, alors quoi ? Parle, s'impatienta la jeune femme en s'efforçant de paraître détachée.

— Je ne voulais pas en arriver là... articula lentement Clarke.

— En arriver où ? Pose des mots sur ce que tu penses, j'ai assez perdu de temps avec toi.

     Clarke sentit sa tension monter et sa gorge se nouer. Il s'éclaircit la gorge avant de reprendre.

— En arriver à cette situation. Je ne voulais pas craquer mais je n'ai pas réussi à te résister. Tout en toi est fait pour me tenter ! Ton physique, ton charme, ta personnalité...

     Il avait dit ses mots d'un ton si désinvolte qu'un frisson parcourut l'échine d'Anissa.

— Ah, donc c'est ma faute ? Zut, je devrais peut-être aller m'excuser auprès de Mélonie.

     Elle le foudroya du regard. Mais qu'est-ce qu'il me raconte celui-là ?

— Je n'ai pas dit ça. J'essayais juste de te faire comprendre la raison pour laquelle je ne t'ai rien dit. Tu me plaisais bien trop pour que je me résolve à arrêter ce jeu entre nous.

     Entendre cette phrase prononcée par sa voix suave la remua. Mais elle se rendait bien compte qu'il trouvait des excuses à ses actes.

— Toi tu jouais, peut-être, Clarke. J'étais ton amusement, celle qui te faisait passer le temps, ça je l'ai bien compris. Mais moi j'étais sincère.

— Moi aussi Anissa ! Si mon seul but avait été de t'avoir, je me serais arrêté dès la première fois où on s'est embrassé ! Je le pensais toujours quand je parlais de nous Anissa. Sache-le.

     La jeune femme eut un mouvement de recul. Son visage se crispa d'étonnement et d'horreur.

— De nous ?

     Elle rejeta la tête en arrière dans un rire qui aurait difficilement pu sonner plus faux. Décontenancé, Clarke se passa une main dans les cheveux et plissa son front. Il attendit qu'elle reprenne.

— Ne dis pas nous, s'il te plaît. Quand tu laissais sous-entendre que ça pourrait aller plus loin, ce n'était pas te foutre de moi ça peut-être ?

— Non. Si j'avais été célibataire je...

     Anissa leva la main pour stopper sa phrase.

— Tu ne l'es pas Clarke.

— Je sais bien mais j'avais l'impression que mon agissement était légitime, à tort.

— Légitime, pourquoi ?

     Comment peut-il penser que se comporter comme il l'a fait était justifié ?  

En corps de toiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant