Chapitre 4 Klaus

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25 juillet 1938.

Une dizaine de voitures SS encadrent le énième hôpital que nous visitons aujourd'hui. Telle est la routine épuisante de notre quotidien. Une loi ou ordre mis en place, nous devons l'exécuter le plus vite possible, sans broncher, prendre les véhicules et rouler, puis revenir et recommencer.

Voilà une loi causant des sanglots inarrêtables. Mes yeux se portent sur le personnel de santé, à la majorité des juifs, sortant de l'habitacle sans broncher. Ils ont l'air blafards, vides, fatigués de vivre une vie de souffrance. Ils marchent, leurs blouses et stéthoscopes sur eux, sans émettre une quelconque protestation. En les observant se diriger le plus loin possible de nous, je remarque l'air crispé du Sociopathe à ma gauche.

Entièrement vêtu de noir, sublimé de quelques médailles et symboles du parti, il tient son képi d'officier avec une poigne trahissant ces fameuses émotions qu'il se refuse de ressentir.

« Pourquoi me regardes-tu ?

- Vous n'avez pas l'air dans votre assiette, Capitaine.

- Forcément, nous respirons le même air soldat, ce n'est pas bon pour mes bronches, réplique-t-il avec un affreux rictus. »

Je ne réponds pas, le laissant à ses enfantillages. Mes yeux restent figés sur le sinistre spectacle. Des médecins, des infirmières, des cardiologues, tous s'en vont, ne peuvent plus pratiquer leurs professions. A cause de leurs appartenances éthiques et religieuses, un motif éternel leur coûtant énormément depuis 5000 ans. Les femmes pleurent, supplient mes camarades de les laisser exercer.

« Je vous en prie ! Hurle une petite brune. Ce métier c'est tout ce qu'on a, je suis prête à exercer sur des cadavres !!! S'il vous plaît...

- Ferme-la ! Rétorque le SS en lui assénant un coup de crosse de mauser dans les reins. Dégage ! Va soigner tes parasites, on n'a pas besoin d'être soignés par vous !!

- Ouais ! Poursuit un autre. On veut les meilleurs, pour les meilleurs ! Allez au Diable. »

Je n'ai pas le temps de ressentir une quelconque empathie que Wagner s'élance à grandes enjambées. Il rapproche les deux soldats hystériques, devenant blêmes face à l'autorité locale suprême face à eux. J'essaie de desceller l'air du Sociopathe, mais je ne vois que ses lèvres bouger dans un rythme effréné, levant les mains dans des signes d'avertissement avant de clôturer le bal avec un salut hitlérien. Il revient vers moi, à toute allure, le souffle court, les mains tremblantes de colère mal gérée. Je déglutis, et laisse échapper la question fâcheuse.

« Pourquoi hurliez-vous ?

- Je ne hurlais pas, je rappelais l'objectif de la mission. C'est une évacuation du personnel sanitaire, pas une humiliation.

- Je vois. »

Ses prunelles de feu s'attardent brièvement sur mon faciès, dans un silence presque agréable.

J'apprends vite à collaborer à la façon de Rafe Wagner, j'essaie d'être calme pour lui et pour moi, afin que sa tension ne soit pas trop élevée. Je sais maintenant que des cernes violacés se forment sous ses yeux pendant des journées comme cela, où il ne sait pas rester spectateur sans intervenir de manière trop agressive. Être ainsi le fatigue, même un aveugle pourrait le voir. Cette impuissance le rend insupportable, je fais tous les efforts qu'il faut pour épargner ma santé mentale.

« Nous pouvons y aller, déclare-t-il.

- Où donc ?

- Monte dans ma voiture, nous avons des choses à faire. »

J'obtempère sans rechigner, mentalement et physiquement épuisé par le spectacle de toute cette longue mâtinée. Je m'installe à mon aise sur le fauteuil dernier cri de la berline, reposant mes muscles endoloris, je ne remarque pas le regard du Sociopathe sur moi.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant