Chapitre 42 Wagner

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Quelques heures se sont écoulées depuis que Berlin a disparu de mon champ de vision. J'ai attendu ce genre de moment toute ma putain d'existence. Le jour où je pourrais évacuer ma haine sur chaque russe qui traverse ma route. Faire couler le sang. La seule chose où personne ne peut m'égaler. Tuer n'a rien d'exaltant, je l'ai bien compris avec la mort de Catherine, celle de ma mère, puis lorsque j'ai vu le cadavre de mon géniteur sur la route... Mais cette guerre est le moyen pour moi de lâcher prise. J'ai passé la plupart de ma vie à me faire du mal pour ne pas en faire aux autres à cause de ces émotions trop dures à contenir. Cette opération, j'en profiterai pour faire souffrir les Soviets. Je n'ai pas peur de ce qui se prépare, je n'ai pas peur pour moi ni pour aucun de mes hommes. Je veux juste tout donner, mais un nœud dans mon estomac m'empêche de complètement me relaxer. Klaus sera là aussi. Lui aussi aura une arme à la main, lui aussi sera en danger de mort constante. Que dira-t-il lorsqu'il te verra dans ton élément ? Va-t-il être blessé ? Je secoue la tête, bien décidé à ne pas torturer mon esprit avec des réflexions pareilles. Je l'ai formé, je suis le meilleur et je l'ai formé pour qu'il le devienne lui-même. Il ne lui arrivera rien, tant que je serai vivant, il sera sain et sauf.

Je regarde l'heure. 22 heures. Nous sommes partis depuis seulement trois putain d'heures... Je pourrais parier que nous allons passer plus d'un jour dans ce train, si il n'y a aucune perturbation du côté ennemi. Nous allons passés par la Pologne communiste et les Balkans, la chasse gardée de ce fumier de Staline. Je me fous pas mal des perturbations possibles, nous allons gagner, peu importe les adversaires qui se dresseront devant nous. Je profite de ce calme paisible, pour m'assoupir, ne serait-ce qu'un peu.

Son poing serré vient s'abattre délicatement contre mes abdos contractés jusqu'au craquèlement. Je souris, sachant très bien à quel point mon sourire peut le faire enrager, il me frappe à nouveau en plein visage, assez fort pour que je sente une goutte de sang perler à ma lèvre inférieure. Je passe mon doigt dessus, satisfait de voir que sa force dépasse celles des autres soldats de la division. J'ai eu raison de vouloir l'entraîner. J'ai eu raison de le choisir pour le former lui, pour qu'il soit mon bras droit, pour qu'il soit meilleur que ce que je l'étais moi-même.

Klaus m'observe saigner, avec une lueur enfantine dans le regard, de celle qu'il me dit qu'il s'en veut. Il s'approche, un pas me suffit pour sentir un frisson me parcourir l'épiderme. Je ne comprendrai jamais ce qu'il se passe quand je le vois, je ne comprends déjà pas pourquoi il a accepté que je le forme. Et je ne comprends pas que le fait qu'il ait accepté m'enchante à ce point.

« Ne t'inquiètes pas, Klaus, c'est moi qui ai décidé de t'entraîner au combat... Et puis, je ne suis pas un faible.

Major, les réactions physiques de ton corps, ce n'est pas parce que vous ne pouvez pas les contrôler que ça fait de toi quelqu'un de faible. »

Je ne réagis pas à cette remarque. Je retourne à son assaut, espérant le faire sortir gonds. Je le frappe doucement, sur les côtes, dans la mâchoire, mais il a l'air perturbé. Je sens effectivement le sang couler le long de ma carotide, il regarde le liquide poisseux couler lentement. Mais je m'en fiche pas mal, ce n'est qu'une égratignure. Souffrir de ce genre de conneries ferait de moi quelqu'un de faible. Klaus Hoffmann a l'air plus affecté par mon sang que par l'ecchymose qui se forme sous son œil. Je regarde la palette jaunâtre se former autour de sa prunelle translucide, souhaitant du plus profond de mon cœur, si j'en ai un, que ça ne lui fasse pas mal. Peut-être ne nous sommes pas si différents que ce que je le pensais ?

« Tu ne ressens donc rien ? Ça ne te provoque aucune émotion de sentir ton sang couler ?

Et toi ? Tu ne devrais pas trop t'inquiéter pour moi, je réplique d'un ton joueur.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant