Chapitre 60 Wagner

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6 août 1944.

Mayenne a été libérée par le général Patton et les grands résistants français. J'ai très vite compris que cet acte héroïque n'est que le début de la totale libération de la France. Je n'arrive pas à avoir un avis clair sur la question, encore partagé entre mon égoïsme patriotique et le sens d'humanité que Klaus a fait naître en moi. Que justice soit faite, peu importe comment.

Perdu dans mes réflexions n'ayant ni queue ni tête, je sens mon beau blond remué sous les draps. Je recouvre son corps nu malgré la chaleur estivale, sachant qu'il a en horreur d'être exposé sans qu'il ne le sache. Mes yeux se portent sur lui, son doux visage apaisé par un sommeil de plomb, ses paupières closes et ses lèvres entrouvertes lui donnent un air d'enfant, accentué par les mèches platines rebelles éparpillées en tous sens. Mon cœur palpite, sans raison apparente, mais pourtant lorsque son bras se pose sur mon pectoral, j'ai l'impression de faire une syncope. J'ai appris à ne plus cacher mes émotions. J'avais peur de les comprendre, mais Klaus m'a montré que l'essentiel était de les vivre.

« Ça fait combien de temps que tu m'observes dormir, sale fou ?

– Tu as qu'à avoir le sommeil moins lourd, je me moque, profitant qu'aucun soldat ne soit dans sa chambre à cette heure, ce qui nous permet d'être un peu moins discrets.

– Et toi, dormir ne fait pas de mal tu sais !

– Et te laver ? Je ricane en exagérant mes reniflements. Tu y as déjà pensé ?

– Vas te faire foutre, dit-il en se levant. Attends-moi là, ne sors sous aucun prétexte sinon...

– Hé ! Tu savais que ça faisait six ans qu'on faisait ça ? »

Il m'adresse un doigt d'honneur tandis que je lui renvoie un baiser de la main. Klaus s'éclipse dans la douche commune, et je lutte face à l'envie de lui désobéir afin de le rejoindre. Je reste donc allongé, un bras rabattu sous ma nuque. Je me prélasse, si seulement toutes les journées pouvaient ressembler à celles-ci, le monde serait plus beau. Les gens me prendraient pour un fou d'aimer passer mes nuits, chaque moment de libre dans les bras d'un autre homme, de l'aimer jusqu'à être capable de lui offrir ma vie sur un plateau d'argent... Je suis fou oui, quand il s'agit de Klaus, je suis un bon à enfermer.

Je rêvasse, observe cette chambre que j'ai arpentée que je ne sais combien de fois. Je pourrais retracer la disposition des meubles ici, les yeux fermés. Est-ce donc ça l'amour ? Connaître l'environnement de l'autre sans vouloir le détruire ?

Catherine, si tu me vois, j'espère que tu es fière de ce que je suis devenu.

J'arrête mes observations face à un petit bout de papier jauni qui dépasse du tiroir de la table de chevet. Je le regarde quelques instants, le diable et l'ange sur mon épaule s'affrontant en duel. L'enveloppe a été arrachée, signe que Klaus l'a lu sans me le dire. Je ne tiens pas à ce qu'il me révèle tout, mais un nœud bouillonnant dans mon estomac m'indique que cette feuille est plus importante que ce que ma naïveté pourrait le croire. Je sais qu'en général, ce tiroir est rempli de nos mots secrets d'amour que nous nous échangeons, alors peut-être est-ce seulement une énième déclaration ?

Fais le.

Tu vas regretter.

Fais le. Tu mérites de savoir.

Tu mérites d'être aimé. Peu importe par qui.

Fais le, prépare-toi aux au-revoir.

Mon subconscient prend le dessus. Je tends une oreille, réalisant que l'eau coule encore. Je prends le papier dans les mains, n'étant absolument pas sûr de ce que je m'apprête à y trouver. Je veux que ce mauvais pressentiment ne soit qu'une illusion de mon éternelle paranoïa, je déplie la feuille avec soin malgré mes tremblements d'appréhension.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant