Chapitre 18 Klaus

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Alors que la pluie commence à fusionner avec mes os transis de froid, mon regard se porte vers Wagner qui marche à la même allure, pas le moins perturbé par la pluie souillant sa chevelure pas aussi bien coiffée qu'à l'accoutumée. Je l'observe silencieusement, ayant tout à coup des pensées très peu claires. J'essaie de rassembler le peu de neurones fonctionnels, me demandant pourquoi cela lui tenait tant à cœur de venir m'aider. Avait-il prédit mon échec ? Je m'en moque pas mal, après avoir bu je ne sais combien de centilitres d'alcool, je ne peux penser qu'à sa manière de toujours me venir en aide quand il le faut.

Lui et son dos massif, ses muscles épais qui étaient sur le point de déchirer la chemise dans le sous-sol. Lui et ses cheveux sombres cachant un peu ses prunelles ambrées, lui et cette harmonie déroutante aussi repoussante qu'attirante. Mes yeux ne le quittent pas. C'est un spectacle agréable, après avoir passé des heures dans un lieu mettant tout sauf à l'aise.

« Tu sais que je te sens me regarder. »

Je me mords la joue de honte. Toutes les mixtures alcoolisées commencent à me monter au crâne, à un point où je n'ai plus aucun filtre à faire ce que je désire vraiment. A quelques exceptions près.

« Katerina t'as dit pour quelles raisons elle n'a plus donné signe de vie ?

– Non, Capitaine, elle n'a fait que répéter que ce n'était pas le moment alors j'ai fait l'homme amoureux à acquiescer ses propos sans broncher. »

Je lui arrache un petit ricanement. Comme à chaque fois que je suis grisé, mon honnêteté lui laisse échapper parfois des rires, discrets, doux et mélodieux. En totale contradiction lorsqu'il redevient le Capitaine SS, et non Rafe Wagner, il est sans pitié, sanguinaire, violent...

Nous marchons, je zigzague dans des endroits suspects, dont je ne connaissais même pas l'existence. D'un ton provocateur, je ne peux m'empêcher de demander.

« Vous n'avez pas prévu de me tuer et me jeter dans un trottoir ?

– Non, sinon je l'aurais déjà fait depuis longtemps. »

J'hoche la tête, très peu surpris par sa réponse sarcastique. Je comprends petit à petit qu'il cherche à éviter les endroits fréquentés par les pochtrons berlinois.

« Vous avez peur, Capitaine ?

– Je n'ai jamais peur, me provoque-t-il avec un sourire carnassier.

– Vous mentez très bien, je souris en tremblant de froid sous la pluie incessante et de plus en plus brutale. »

Il ne mord pas à l'hameçon. C'est dommage, moi qui étais d'attaque à le faire taire, qu'il se taise et arrête de me protéger. Il a qu'à se protéger lui-même, il en a bien besoin.

Je demande silencieusement quand est-ce que nous allons nous abriter le temps que l'averse passe, ce qui n'a pas l'air de traverser l'esprit de l'officier, imperturbable malgré l'humidité se peignant sur chaque centimètre de sa peau.

« J'en peux plus de marcher. »

A ma grande surprise, il s'arrête, sans jamais me faire face. Je le regarde, à moitié écœuré par cette harmonie de son corps. Cet homme est putain de magnétique, je serais attiré vers lui et sa toxicité comme de l'aimant au métal. J'attends, sentant la pluie ruisseler sur mon épiderme.

Je ne sais pas trop ce qui lui passe par la tête, s'il compte me tuer dans cette impasse éclairée d'un faible lampadaire jaunâtre et me jeter dans un fossé ou tout autre chose de sordide.

J'analyse Wagner, sa chevelure trempée inondant son visage hypnotique lorsqu'il se tourne vers moi, avec une expression indéchiffrable. Le voir ainsi, en tenue de civil sous une pluie sauvage camouflant les battements de mon cœur à deux doigts de l'implosion, c'est un luxe que je serai prêt à payer, pour qu'il vienne me sauver, à chaque fois.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant