Chapitre 15

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Je ne sais pourquoi ni comment, mais je me retrouve encore une fois dans le bureau de Wagner, pour la 4ème fois de la semaine. Pour chaque convocation, il prétend des rapports en retard, ou des discussions professionnelles privées, et j'en passe... Pourtant, je serais prêt à parier que ce grand homme de un mètre quatre-vingt quinze à la carrure imposante ne sait juste pas comment gérer sa solitude. Ses talents en matière de mensonge laissent à désirer.

Après une énième tentative de sa part, j'accepte un verre de whisky, sans dire que l'alcool me brûle la gorge et fait vriller mes sens. Mes sens, mes propres traîtres qui ont donné leur loyauté à la peau du Capitaine contre mon visage dans cette forêt. J'essaie de ne pas y penser, de ne pas me laisser perturber par cet acte de gentillesse qui m'a sauvé de la crise de panique. Nous sommes quittes.

Sa troisième cigarette embaume la pièce, m'irrite la gorge. Je demande à ouvrir la fenêtre. Ses yeux s'illuminent.

« Tu as chaud ou tu t'intoxiques ? Me nargue-t-il.

– Je m'intoxique par les bêtises que vous racontez quand il est plus de 22h. »

Il ricane, constatant que je suis de plus en plus à l'aise avec lui, et surtout de plus en plus incapable de le haïr pour le moindre petit acte qu'il pourrait commettre, je reste figé sur mes pieds. Il en aura fallu des mois de cohabitation difficile pour que nous nous retrouvions amis, ou plutôt que nous parvenons à nous tolérer sans s'entre-tuer. Le Sociopathe se lève, jetant son mégot sur le petit balcon en laissant la fenêtre ouverte.

Mon cœur bat à toute allure, cet idiot aussi lui donne toutes les raisons du monde de se moquer de moi, alors je tente de me focaliser sur le courant d'air froid s'immisçant entre les quatre murs.

Le brun revient s'installer, mais cette fois-ci sur son bureau, plus proche de moi, qui ne suis qu'à cinquante centimètres de lui. Sa simple présence prend un espace considérable, il me domine de toute sa hauteur tandis que l'impression de me ratatiner sur la chaise devient irréfutable.

Je me gratte la gorge, essayant d'agir comme si cette soudaine amitié professionnelle était naturelle. Depuis deux semaines, Wagner fait tous les efforts qu'il faut pour être moins impulsif, moins agressif, moins brute et cela inclut la bienveillance à l'égard de son bras-droit. C'est trop pour moi.

« Vous savez, vous n'avez pas besoin de faire le gentil dans votre bureau.

– Mais je ne suis méchant, n'est-ce pas ? Sinon, je présume que tu n'accepterais pas mes invitations pour discuter alors qu'il est plus de 22h, que plus personne n'est à la base pour être témoin de la fausse haine que tu me voues. »

Mon estomac crame face à tant d'arrogance. Je me lève, enragé, fais un pas en avant sans calculer le peu de distance qui nous sépare.

« Qui vous dit que je ne vous déteste pas ? Vous êtes putain d'arrogant ! Vous allez tomber de haut un jour. Qui vous dit que je ne manigance pas quelque chose pour vous tuer ? »

Le Capitaine manque d'éclater de rire dans son verre, m'observant perdre les pédales. Il manquerait plus qu'il s'imagine que je me suis laissé amadouer par quelques verres et conversations sincères grâce à l'influence de la nuit. Le brun ne paraît pas impressionné, bien au contraire, c'est comme si un nouveau défi s'offrait à lui.

Alors que je demeure à un peu moins de trente centimètres, Wagner choisit cette occasion pour se relever brusquement. Mon souffle manque de s'arrêter quand tout son corps effleure le mien par inadvertance. Son visage est trop proche du mien, son torse est quasi collé contre le mien. Le roi dans l'art de la provocation. Il épie chacune de mes réactions. Le gradé se penche vers moi, ses lèvres ne sont qu'à quelques petits centimètres de mon cou, et me chuchote.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant