8 mai 1940.
Quelques mois se sont écoulés, des mois longs et banals. Les français se blottissent derrière la Ligne Maginot, depuis septembre, on ne compte que quelques escarmouches entre les Alliés et nos forces écrasant les démocraties européennes. Il y a un mois, nous avons rattaché la Norvège à nos terres, et c'est loin d'être terminé. Hitler veut l'Europe. Il ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Et nous, la SS, depuis le début de la guerre, nous n'avons rien fait de plus que suivre notre quotidien en bonne et due forme. Arrestations, déportations, rafles, acte de présence dans les rues, faire régner la terreur... Plus le Reich s'étend au-delà de ses frontières, plus nous obtenons des droits en Allemagne mais également en territoire conquis. Berlin n'est pas encore touchée par la guerre, pour la simple et bonne raison que c'est la seule ville européenne victorieuse. On doit profiter de ces instants de répit, qui ne seront que de courte durée.
Blotti dans les bras de Rafe, tous deux sous ses draps de soie, imbibés de notre chaleur corporelle, nous n'avons pas pris la peine de regarder l'heure depuis le lever du soleil. Les rayons illuminent une partie de sa chambre très peu meublée, illuminent également le beau visage endormi du Capitaine. Je me redresse pour le regarder, traçant des petits cercles sur son pectoral, il sourit. Je me délecte de son air détendu, serein, réalisant à quel point il a évolué depuis l'annonce de la mort de Catherine. Pour le meilleur et pour le pire. En tant que Rafe, c'est un homme qui s'est révélé être doux, attentionné à la fois réservé et provocateur. En tant qu'officier SS, il est devenu encore plus cruel qu'à son accoutumée, il inspire une crainte époustouflante même au sein des officiers supérieurs, un mouvement de travers et le pauvre " fautif " sera sévèrement puni. C'est le cas de Günther qui a levé les sourcils un peu trop haut à un ordre du Capitaine, il s'est retrouvé lynché par celui-ci sur un ring.
Je continue mes observations sur son physique d'Apollon, souriant parce que je sais très bien qu'il est rapidement gêné dans ce genre de situation où il est le centre de l'attention, mais je sais aussi qu'il me fait confiance. Il rabat son bras devant ses yeux.
« Qu'est-ce que tu as à me regarder ?
– Quoi, je n'ai pas le droit ?
– Pas le matin, surtout pas quand tu pues de la gueule, éclate-t-il de rire. »
Je tire une moue faussement outrée avant de lui souffler en plein visage, riant à mon tour. Je profite de son temps de réaction très lent pour m'enfuir à toutes jambes. Je m'esclaffe en l'entendant à mes trousses. A mi-chemin entre le deuxième étage et le rez-de-chaussée, je me tourne face à un officier torse nu, mal coiffé, seulement habillé d'un large short noir en coton.
« Cours, Klaus. Tu vas voir si je t'attrape ! »
Je dévale les escaliers en volant presque entre les marches. Alors que je pensais l'avoir battu, une solide poigne m'attrape par le bras et me bloque contre le comptoir du bar dans le salon. J'évite son regard, levant les mains dans un signe de résignation. Rafe les attrape et d'une des siennes, il les bloque au-dessus de ma tête. Ses lèvres frôlent ma joue et viennent titiller le lobe de mon oreille.
« Tu baisses déjà les bras ? Tu ne luttes pas un peu plus ?
– Qui te dit que j'ai envie de lutter ? »
Je sens son sourire contre le mien, geste insignifiant qui me fait défaillir. Sa bouche dégringole rapidement dans mon cou, le lèche et le suce. Je me mords la lèvre supérieure, ne voulant pas me laisser aller avant une réunion d'urgence.
« On va être en retard...
– Et alors... ? C'est moi le Capitaine.
– Tu dois obéir à tes supérieurs, comme je dois t'obéir, je lui rappelle alors que sa main de velours s'aventure sur mon torse et perd de l'altitude. »
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
