Les flocons de neige commencent à recouvrir le sol de ma terrasse. J'attends comme un enfant que Klaus sorte de ma salle de bain, qu'il utilise après le couvre-feu comme bon lui semble. Ce genre de moment parvient à attendrir mon âme de brute, l'observer agir de la même manière qu'il le ferait chez-lui m'arrache un sourire. Mes yeux suivent l'interminable chute du mégot sur le sol en contrebas.
« Tu rentres ou tu comptes finir pétrifié sur le balcon ? Je te rappelle qu'il ne faut émettre aucune lumière pour handicaper les raids des Alliés, surgit ma voix préférée derrière moi. »
Je me tourne, trouvant un Klaus appuyé contre le chambranle de la porte-fenêtre, torse nu, simplement vêtu d'un treillis sombre qui a le pouvoir d'accentuer les lignes fines et précises de sa physionomie d'athlète. Ses cheveux de neige retombent en mèches rebelles sur son front, contrastant avec la clarté presque irréelle de ses iris de saphir. Le voir ainsi réveille le pire et meilleur en moi. Cette volonté immuable de le protéger, couvrir ce corps trop découvert, et lui rappeler sur chaque lit de ce manoir qu'il est le seul dans ma tête, dans mon cœur, dans chaque parcelle de mon organisme. Je m'avance vers lui, calmement, comme un prédateur s'approcherait de sa proie. Sauf que Klaus est bien plus que ça, il a un pouvoir sur moi que je ne pensais pas possible, il est le roi incontesté de mon monde obscur dont je pensais être le maître, mais désormais, je laisserais bien ce blondinet me mettre à genoux pour le vénérer que je n'y verrais aucun inconvénient.
Mon corps se presse contre le sien, j'enroule mes mains autour de sa taille fine, le ramène contre moi, titillant ses lèvres des miennes, toujours muni de mon éternel rictus qui le rend fou. Mon sourire domine la moitié de mon visage en constatant sa chair de poule, je serai prêt à parier que le froid mordant de ce mois de novembre n'est pas l'entier fautif.
« Tu es fou... Si des avions nous voyaient...
– Je les emmerde... je ricane en laissant mes lèvres partout sur son cou. »
Sa respiration s'accélère automatiquement lorsqu'il entend le verrou derrière moi. Je cueille les lèvres de Klaus comme un affamé, nos langues se croisent sans plus tarder, ne se déliant point malgré notre traversée tumultueuse du manoir. Mon cœur bat à tout rompre. J'enroule ses jambes autour de ma taille, mes mains sous ses cuisses le maintiennent contre le mur, où je me délecte de ses soupirs saccadés sous l'assaut de ma bouche, suçotant son cou, ses lèvres. Je ne me lasserai jamais de lui. Putain, il possède tout de moi.
Il va te lâcher, comme tous.
Je sais, mais le jeu en vaut la chandelle.
Je me retiens de lui dire toutes les phrases les plus barbantes. Je crois, non je suis sûr, c'est la première fois que je ressens ça pour quelqu'un. Dieu a l'air de s'acharner contre moi puisque cette personne est un homme, condamné à vivre loin de moi, se marier avec une femme et avoir tout ce que je ne pourrai jamais lui offrir.
Nous finissons très rapidement nus, nos courbes graciées par les draps de soie, unissant autant de fois qu'on peut notre amour, entre respirations erratiques, gémissements entrecoupés et un mélange de sueur enivrant. Notre relation n'a jamais été aussi intense que depuis quelques temps. Peut-être est-ce parce que nous savons que nous sommes en sursis, mais je m'en moque. Tout ce qui m'importe est qu'il soit heureux, pendant cette guerre et après, lui réussira à refaire sa vie, à être quelqu'un de bien. A être celui que je ne serai jamais une fois qu'il sera parti.
« Rafe... soupire-t-il, blotti contre mon torse nu. Tu devrais dormir et arrêter de me regarder dormir...
– Je n'ai pas sommeil, je lui assure en traçant de petits cercles dans son dos. »
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Le Sociopathe
Historische RomaneC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
