Chapitre 67 Alexei

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Assis sur le siège passager de la berline à Vetrograd, j'observe le paysage russe. Je veux tout faire pour tenir ma promesse faite à Rafe. Je dois m'acclimater à l'Union Soviétique, à scander le nom de Staline sous le drapeau rouge, la faucille et le marteau. Je dois de nouveau me rappeler que je suis chez moi, ceux qui m'entourent ont toujours été mes alliés.

Alliés que je n'ai pas hésité à tuer quand il menaçait Rafe...

Après avoir siroté en repensant au bon vieux temps, mon ami m'a emmené avec lui faire un tour en voiture. J'ai accepté, faisant tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'il ne me demande pas comment s'est passé mon long séjour en Allemagne. Je ne veux pas lui raconter, je ne suis pas prêt.

J'insiste pour qu'il me raconte comment il en est arrivé là, s'il est fier de lui, et toutes les questions qui me passent par la tête.

« J'ai perdu mon père il y a trois ans, et tout son héritage m'est revenu. Ce n'est pas très méritant, mais j'ai utilisé sa fortune pour bâtir mon empire, montrer aux gens que l'armée est aussi proche d'eux. Tu vois ?

– Toutes mes condoléances.

– Ce n'est rien, sourit-il en tournant dans un virage serré. Il va me manquer, tu lui manquais aussi, mais j'ai appris à l'accepter. Je n'ai pas le temps de le pleurer pendant quatre ans.

– Et mes parents ? Je demande, le cœur serré en pensant surtout à ma mère.

– Ton père est parti au ciel en première ligne sur le Front, m'annonce-t-il. Ta mère va bien, c'est une femme forte. C'est limite elle qui me surveillait pour toi !

– Ça ne m'étonne pas, je ricane. »

Je n'arrive pas à pleurer mon père. Je pleure celui qui m'a appris à marcher et à faire du vélo, je pleure la façade qu'il affichait face à tout le monde. Je ne pleurerai pas l'homme qui me mettait la pression, qui dénigrait tout ce que je faisais, qui rappelait sans cesse à ma mère qu'elle n'est qu'une bonne à rien car elle ne se laissait pas toucher quand lui et lui seul le désirait.

Malgré la sympathie qu'éprouvait Eduard pour mon géniteur, il connaît la vérité et sait que je ne suis même pas en deuil. L'époque où j'étais attaché à des gens qui ne le méritent pas, car les liens du sang ne définissent en rien la force d'une relation.

« Où allons-nous exactement ?

– Nulle part, me répond-il, j'ai trouvé que ce moyen pour discuter avec mon bon vieux Alexei ! Au bureau, toujours des secrétaires pour nous embêter... A la maison, il y a...

– Ton épouse ? »

Ses joues virent au cramoisi avec un joli sourire qui me rappelle ceux que Günther faisait lorsque je lui parlais de Marlène.

Faites qu'ils reposent en paix, ensemble...

« J'ai très hâte que tu la rencontres.

– Parle-moi d'elle, car voir un Eduard amoureux, je ne pensais pas ça possible ! »

Le virtuose qu'est Vetrograd a toujours pris l'habitude de s'exhiber devant tout le monde, sourire, rire avec tout le monde, mais jamais il ne s'est réellement attaché. Il s'est toujours consacré à l'armée, à protéger sa si chère et tendre nation en balayant tous ses autres sentiments. Il a toujours été celui que les femmes désiraient juste parce qu'il les ignoraient avec élégance.

« Elle s'appelle Yelena. Nous avons officialisé les choses en 1940, on s'est mariés à l'église de Moscou que j'avais fait encadrer de vingt gardes, me narre-t-il. Je ne suis pas doué pour raconter les histoires, mais elle a été la première femme à voir l'homme en moi qui voulait aimer et être aimé.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant