Plus le temps passe dans ce train, plus je me dis que nous nous dirigeons à l'autre bout du monde, et non à la lisière de la frontière russe. Je fuis les horloges comme la peste, craignant de voir que le temps n'est pas prêt d'accélérer le processus pour mon impatience. Je viens de finir mon tour de garde, passe en revue l'intégralité des soldats assoupis un peu partout dans le wagon. On essaie de s'occuper comme on le peut. Nous n'avions pas prévu que ce soit aussi long, nous avions prévu de partir et vite nous battre, pas rester cachés dans un train aux couleurs de l'ennemi.
Mes pensées dérivent vers Rafe, qui n'est pas sorti de son bureau depuis je ne sais combien de minutes. Je le sens préoccupé, la tête ailleurs, comme si une partie de lui n'osait pas s'avouer que nous allons nous battre. Pour de vrai, pas en tant qu'appui de la Wehrmacht. Et il est officier supérieur d'une division, je n'imagine pas la pression sur ses épaules en ce moment même.
Je jette un regard furtif autour de moi, avant de me diriger, à pas de loups, vers l'antre du Major Wagner. Mon angoisse commence à reprendre le monopole dans mon esprit, alors un petit verre de whisky avec mon supérieur ne pourrait pas me faire de mal. Je toque avec délicatesse, patientant quelques secondes. Je sais qu'il ne dort pas beaucoup, pourtant me paraît en forme et énergique lorsqu'il m'ouvre la porte, sa chemise blanche ouverte me donnant l'aperçu de ses muscles si finement tracés.
« Klaus... Je ne m'attendais pas à te voir ici.
– Cache ta joie, Rafe, je chuchote d'un ton moqueur en pointant du doigt son sourire. »
Il me laisse tout juste la place de passer, entre lui et l'embrasure de la porte. Ce moment de courte proximité physique interdite en public embrase tout mon corps, qui manque de me lâcher lorsque ses lèvres se posent sur les miennes, dans un baiser chaste, doux, et presque timide. Nous fermons la porte à double tour, profitant de la nuit tombée et du vacarme du train pour nous cacher dans des conversations inappropriées. Son bureau est tout juste habité d'un canapé en cuir dans le coin, d'une peinture impressionniste et d'une rapide construction de planches en bois où repose toute sa paperasse.
Malgré les méandres de mon esprit, la seule pensée sensée qui l'obstrue, c'est mon envie de rester avec lui, quitte à rester silencieux des heures ou être condamné à le regarder. L'ambiance de ces quatre murs devient électrique, lourde et pesante. Je le veux lui. Je veux Wagner plus que ce que ma vengeance tardive m'obsède. Ses yeux de feu se posent sur moi, je tente de rester stoïque face à cce sourire fatal.
« Pourquoi est-ce que vous souriez, Major ?
– N'es-tu pas une raison suffisante ? »
Je me mets moi aussi à sourire, ne supportant pas l'effet de ses paroles sur moi. Tout a tellement changé entre nous. La seule image que j'ai en tête c'est lui. Lui qui me forme à devenir le meilleur. Lui qui accepte que je lui tienne compagne pendant qu'il fume sur un balcon, après le couvre-feu. Lui qui me sourit. Lui qui m'embrasse jusqu'à ce que le souffle me manque. Des scénarios obscènes m'arrachent un rictus, et je ne peux m'empêcher de bénir le bruit du train pour camoufler ce qu'il pourrait se passer ici.
« Qu'est-ce que tu viens faire ici, Klaus ? Tu ne veux pas rester avec les autres dans l'ambiance festive de la nuit ??
– Je n'en vois pas l'intérêt, puis peut-être que tu me manquais, je ricane.
– Ce n'est pas réciproque, me répond-il en riant.
– Pourtant, tu devrais me considérer, je suis le seul assez bête pour ressentir ça à ton égard, je réplique sur lé défensive.
– Eh bien eh bien... J'ai touché à ton égo ? »
Son air prétentieux et arrogant me donne une irrépressible envie de lui montrer que je peux avoir plus d'autorité que lui, comme ce jour en nous entraînant où il était prêt à tout recevoir de moi. Un Sociopathe assumant ses envies, ses sentiments, c'est tout un monde ! Je m'approche de lui, d'un pas très assuré. Il me devance.
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Le Sociopathe
Ficção HistóricaC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
