Mon cœur semble sur le point de s'arrêter en repassant en boucle les paroles de Klaus, qui m'observe avec des yeux translucides remplis de culpabilité. Je n'ai pas besoin de lui demander des preuves ou quelques choses dans le genre, je crois ce grand bonhomme aux cheveux blancs plus que quiconque, ce petit réservé aux idées géniales qui se sous-estime.
Je me masse les tempes, en silence, ne sachant que faire d'autre. Cette nouvelle a beau faire mal, je le remercie dans ce qui me semble un faible murmure pour avoir trouvé la force de me le dire.
« Sais-tu où elle est actuellement ?
– A Mitte, me répond-il en constatant le nœud formé dans ma gorge. »
Marlène, ma douce et tendre Marlène. Je ravale mes larmes, assailli de nos souvenirs aussi merveilleux qu'interdits. J'espère égoïstement qu'elle ne m'a pas oublié, que je puisse me battre pour elle et lui montrer que les hommes ne sont pas tous des monstres.
Je revois son sourire radieux, ses yeux sombres pétillants alors que je l'embarquais sur ma bicyclette pour rouler dans les champs de fleurs au milieu de la nuit, sa chevelure châtain aux reflets blonds sous les rayons de soleil, donnant à sa peau bronzée une allure féerique. Mon estomac se noue de chagrin en l'imaginant seule, livrée à elle-même dans cette ruelle obscure, livrée à cet homme sans pitié. Ce fumier qui a osé poser ses mains sur elle. Elle ne voulait pas.
Je l'imagine hurler, pleurer, le supplier d'arrêter. Se débattre avec toute la bonne volonté qu'elle a sans jamais être délivrée. Elle doit avoir peur.
Klaus ne dit rien, respectant mon silence significatif. Il sait que je vais tout faire pour la retrouver, l'aimer en bravant toutes les interdictions possibles, lui prouver que je ne suis plus le même lâche qu'avant. Je ne laisserai pas sa famille catholique me la reprendre une seconde fois. Je serai là, quitte à ce qu'elle me haïsse, mais je resterai à ses côtés, coûte que coûte.
« Günther, en sachant que c'était Marlène, je l'ai faite surveiller. »
Cette nouvelle annonce ne me surprend pas venant de mon ami. Le blondinet a toujours eu l'habitude d'être parano et angoissé, il prévoit beaucoup de choses que la plupart des officiers partant à l'assaut en frontal ne verraient pas. Je le remercie avec un rictus peu convaincu, attendant la suite.
« Elle est la plupart de sa journée dans un hôtel à Mitte, elle n'en sort que rarement, me dit-il avec de forts sous-entendus.
– Je peux te demander un service ? »
Son sourcil arqué m'indique qu'il sait déjà de quoi je m'apprête à parler, mais je préfère en être sûr.
« Peux-tu accomplir notre mission à deux ? Tu diras au Capitaine que j'étais malade.
– Mais il n'était pas à la base ?
– Non, je réponds, on n'a pas vu le Sociopathe depuis qu'il est venu te récupérer. »
Il a l'air surpris, mais est vite happé par le principal soucis.
« Tu veux que je mente à Wagner ? Comprend-il enfin.
– Ben oui ! Merde, on parle de Marlène !
– Ça va, j'ai compris.
– J'ai plutôt l'impression que tu t'es pas remis de ta soirée d'hier, je rétorque. Est-ce que tu peux faire ça pour moi ? »
Sans savoir qu'il peut me dire non à tout moment, je lui remets l'adresse avec un sourire niais sur le visage. Je sais qu'il dira oui, il est trop sentimental pour me supprimer la seule occasion que j'ai de me rattraper.
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Le Sociopathe
Fiction HistoriqueC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
