26 août 1939.
Les deux derniers mois ont été marqués d'une tranquillité tout aussi reposante qu'angoissante. Notre quotidien n'a été synonyme que d'un enchaînement répétitif de missions formelles, comme surveiller le départ des Kindertransport, celui des trains en direction des camps, surveiller l'entrée des entreprises aryennes, assister à des défilés organisés par Himmler lui-même.
Ce repos a permis à Klaus de retrouver son étincelle de bonne humeur, parce que j'ai bien cru que la formation à Ravensbrück l'avait achevé avant même que le carnage planifié depuis maintenant 6 ans. Le Führer nous a préparé à l'éventualité d'une guerre contre le reste de l'Europe, il a tout fait pour que nous soyons les plus puissants, que nos idées traversent les frontières, que la victoire nous soit assurée. Comme les hauts dignitaires le disent si bien : Am Ende wird es der Sieg sein!. A la fin, l'Allemagne vaincra. L'heure se rapproche, même les soldats les plus ignares le sentent. L'air se fait plus lourd, une épée de Damoclès plane au-dessus de nous. Nous ne savons pas quand, mais l'expansion du Reich par les armes se rapproche, et ce encore plus avec la signature du Pacte Molotov-Ribbentrop il y a trois jours, qui accentue l'humeur belliciste de ma nation. L'empire s'est partagée la Pologne avec l'URSS, cette autre nation de communistes, de chiens, de parasites de slaves qui ne seront bons qu'à nous servir. Tel est le sujet de conversation qui pullule parmi nous, tous rangés en bloc de 20 soldats en longueur, sur 20 autres soldats en largeur, chaque groupe étant séparés par un étroit couloir d'un mètre cinquante.
Nous observons les hauts dignitaires nazis à quelques mètres de là, perchés à leur parloir à Nuremberg. Le Führer se pointe. Tous en chœur, nous le saluons. Claquement régulier du talon gauche, bras droit levé à 45°. Nous crions " Sieg Heil " trois fois de suite, puis nous écoutons attentivement ses mots, confirmant les désirs ou les angoisses de certains.
La guerre arrive, ce n'est plus qu'une question de temps. Hitler a tout prévu, il connaît son projet sur le bout des doigts et ne laissera personne le déjouer. Le Pacte de non-agression sur la Pologne avec Staline l'arrange bien, cela lui permettra de légitimer ses actes quand nous piétinerons le sol de Varsovie. Je savais que ça arriverait, mais l'entendre le dire par l'homme qui m'a redonné espoir, pour me rendre utile en dehors de ma famille d'aristocrates qui a mis tous ses espoirs dans mon frère aîné, c'est autre chose. Mon cœur s'emballe, je ne sais si je suis surexcité ou si j'ai peur, peur de mourir comme mon grand-père pendant la Grande Guerre.
La cérémonie se clôture quelques heures après.
Nous devons attendre que tous les plus hauts dignitaires aient fichu le camp avant d'être permis de nous en aller.
A mes côtés, je sens Klaus tendu, angoissé comme à son habitude. Je l'ai découvert pendant la formation à Ravensbrück, sous ses apparences d'aryen nonchalant se cachent un grand sensible, romantique, qui n'ose pas arracher la vie à un opposant. Je lui donne un léger coup de coude.
« Allez, on y va. J'ai repas de famille ce soir, avec Marlène.
– Je m'en moque, sourit-il. »
Nous sortons de l'immense cour, affrontant la ville vivante qu'est Nuremberg, le cœur même du nazisme, remplie de congrès, de défilés, de drapeaux... Ville synonyme et de puissance.
Pourtant, on ne s'y attarde pas, bien que je remarque les regards furtifs que le blondinet jette partout autour de lui.
« Tu cherches quelqu'un ? »
Il secoue la tête mais je ne le crois pas. Je ne lui en tiens pas rigueur, je profite simplement de ce silence, le crâne posée contre la fenêtre du train qui nous ramènera à Berlin.
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
