Le psyché dans ma chambre m'affiche un reflet auquel je ne suis pas habitué. J'ai ôté mon uniforme pour un vulgaire pantalon de ville beige, accompagné d'une chemise noire en satin, manches retroussées et deux boutons sauvages assorti à mes mocassins fraîchement cirés.
Mon visage s'harmonise avec les couleurs sombres, accentuant ma mâchoire marquée, et la pâleur de ma peau. Je tente tant bien que mal de m'habituer à ce changement soudain d'apparence, surtout pour une raison aussi idiote ; protéger Klaus Hoffmann de la Fosse aux Serpents dans laquelle il se trouve.
J'ai bien vu sa gêne depuis le début de sa mission, le malaise qui déforme son visage revenant de ses rendez-vous bien que par simple esprit de contradiction, il s'efforce à me dire que la blondinette est de plaisante compagnie.
Je ne le crois pas. Je suis sûr, qu'actuellement, il essaie de son mieux de régler cette affaire, de sortir de ce bar le plus vite possible. Ils vont retenir mon bras-droit, je le sais. Quel genre de résistant ne s'attarderait pas sur lui et son physique hors du commun ? Alors je fais ce que je ne pensais pas faire, me jeter dans la Gueule du Loup pour lui et le ramener en un seul morceau.
J'enfile mon long manteau noir et une écharpe de soie que mon héroïne m'avait offert à mon arrivée en Angleterre, désormais prêt à le sortir de là, comme tout bon Capitaine le ferait.
Je sors de la base, ignorant les quelques pochtrons encore présents, n'ayant qu'un but en tête auquel personne ne pourra m'opposer.
L'automne berlinois ressemble étrangement à la température quotidienne de York, je rentre les épaules dans le but vain que la pluie fine semblable à des milliers de petites aiguilles ne s'infiltrent pas dans mes vêtements. Je marche face au vent violent, au milieu des feuilles rougeâtres voltigeant dans je ne sais quelle direction. Les souvenirs m'emportent, de façon bienveillante cette fois-ci.
Je ne comprenais pas ce qu'elle disait, son accent était trop fort. Je la regardais, captivée par sa robe de princesse, sa chevelure brune ondulée, ses grands yeux verts plus hypnotisant encore que le cœur d'une forêt. Ça fait déjà une semaine que je suis avec cette femme à la maison disproportionnée, bien plus accueillante que l'orphelinat dans lequel je me trouvais.
Je la regardais, encore, ne pouvant pas me détacher de ce si joli visage, ce si joli sourire qu'elle m'adressait. Je ne savais pas pourquoi, mais cette princesse ne voulait pas se débarrasser de moi comme tous les autres avant. Le vent fouettait mon mince visage, la pluie se confondait avec mes larmes qu'elle ne cessait d'essuyer de ses délicates mains gantées.
Son ton bienveillant m'intima de patienter le temps qu'elle sortît une écharpe de satin, sans me brusquer elle réussit à me l'enrouler autour du cou.
C'est ainsi que j'ai commencé à offrir ma confiance à celle dont je me souviendrai toute ma vie comme la seule figure maternelle saine.
Je continue ma route, désormais dans les quartiers insalubres salis par les graffitis au goût douteux. Préparant mon motif d'entrée dès que mes yeux se posent sur le judas, je marque un temps d'arrêt avant de frapper.
« Rafe Wagner, je me présente. Proche ami de Katerina Schröder et Klaus Hoffmann. »
Quelques secondes s'écoulent avant qu'un grand bonhomme volumineux m'ouvre d'un œil méfiant, je ne lui accorde même pas un regard avant de me fondre dans la masse humaine sur le point de mourir d'asphyxie tant l'espace est petit.
Chaque pas est un supplice, les gens se poussent, se tapent contre mes épaules, je lutte face à ma bonne conduite pour ne pas lui arracher les cordes vocales de mes mains. Je me fonds dans la masse, essayant de repérer une touffe de cheveux de neige. Rien pour le moment, alors je continue de m'habituer à cet environnement étouffant. J'étouffe, je n'ai jamais été habitué à ce genre d'endroit où la musique est sur le point de m'arracher les tympans.
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
