Chapitre 16

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J'ai appris seulement quelques minutes après les soins prodiguées à la pauvre femme dans la ruelle qu'il s'agissait de la bien-aimée de Günther, Marlène Von Hammer.

Le petit docteur a vu ma gêne était palpable à l'évocation de l'identité de la demoiselle, mais je ne sais pas quoi faire. Mon amitié est bien plus forte que tout le reste, je sais que je vais devoir dire à mon collègue que j'ai trouvé celle qu'il aime après son viol, et que je suis arrivé trop tard.

Une fois qu'elle était soignée et partie poursuivre son existence, je me suis discrètement assuré qu'elle reste près de Berlin, souhaitant à tout prix que le Don Juan Weber ne vive avec aucun regret.

J'ai fait demi tour jusqu'au foyer d'accueil pour soldats, constatant que les aiguilles tournent à une vitesse phénoménale. J'ai rendez-vous au bar avec Katerina dans environ deux heures, je ne suis pas prêt et je ne sais comment m'habiller. Puisque, par je ne sais quel miracle, le Capitaine a accepté que je me délaisse de l'uniforme pour une tenue civile, dans le but de la mettre plus en confiance pour le stade final de la mission.

J'enjambe les escaliers trois par trois, impatient de tirer un trait sur ce chapitre de ma vie. Je fouille dans l'armoire, sortant méthodiquement un pantalon de coupe droite et noir, une chemise bordeaux, accompagnée de veston assorti au bas ainsi qu'un long blouson gris. Cela devrait aller. Me voilà déjà dans la douche collective, désormais habitué à la dizaine de corps biens sculptés autour de moi. Je me lave, frottant chaque parcelle de peau comme pour effacer les traces du sale type sur Marlène, programmé tel un automate, je ne calcule plus personne jusqu'à ce que mes préparations soient opérationnelles. Je marche à nouveau jusqu'à ma chambre, refermant la porte à clés avant de m'habiller.

Deux petites minutes plus tard, je conclus que le résultat est plutôt concluant. Je souris comme un enfant, ne me souvenant guère de la dernière fois que j'ai pu porter mes propres habits dans la rue. C'était il y a trop longtemps.

Je suis prêt. Klaus, tu es prêt, tu vas t'en sortir tout seul comme un grand, me rappelle mon inconscient.

Je ressors du bâtiment, respirant pleinement l'air frais, la sensation magnifique de l'environnement sur d'autres vêtements qu'un uniforme trop serré. Mes jambes me portent naturellement jusqu'à la caserne. J'espère silencieusement que le Capitaine y est encore, au moins, il aura encore l'occasion de se moquer gentiment avant de me laisser partir.

Mon entrée en civil me vaut quelques sifflements salaces, auxquels je réponds par de faux rires de mijaurée. Je constate rapidement que mon ami n'est pas là, ce qui va repousser la conversation fâcheuse au sujet de sa douce.

« Le Capitaine est encore là ? Je demande à la foule faisant l'apéritif.

– Ouais, me répond un quarantenaire dénommé Mark, il est en train de regarder tes rapports.

– Scheisse, ricane un de mes cadets dont je ne me souviens plus du prénom. Bon courage, Klaus !

– Ne t'inquiètes pas, ajoute je ne sais qui, tu seras mort en étant aimé de tous. »

Je ne peux m'empêcher de sourire face à la peur enfantine qu'inspire le Sociopathe Rafe Wagner. S'ils savaient comment il se comporte à l'abri des regards, de façon si gentille, amicale et bienveillante... Tel une brebis retrouvant son berger, mes pieds trouvent rapidement le chemin jusqu'à sa porte. Je frappe, cinq coups distincts pour lui spécifier que c'est moi.

« Entre. »

Son ton est plus froid que d'habitude.

J'obtempère, le trouvant avachi sur son fauteuil, tout un tas de papiers à la main. Il se redresse, posant les feuilles, soudain subjugué, ou alors cet excès d'émotions n'a rien à voir avec le charme que je me suis vu face au psyché. Il entrelace ses doigts, Wagner me regarde avec je ne sais quelle intention, pourtant, je sais que ce n'est rien de négatif, sinon il l'aurait déjà dit.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant