Mes rendez-vous avec la fille Schröder s'enchaînent, nous sommes le 28 septembre et j'ai l'impression que je passe des décennies à essayer d'aboutir à quelque chose. Cette fille ne m'apprécie pas, du moins pas comme les officiers veulent qu'elle m'apprécie. Je me rends compte que je ne suis vraiment pas douer avec le gente du sexe opposé.
Installé sur mon lit, la tête scrutant la peinture du plafond, je réfléchis à comment je pourrais abréger cette histoire, le plus vite possible. On ne se plaît pas, forcer une alchimie de la sorte fait presque pitié. Peut-être qu'elle pense pareil de son côté, se laisser charmer par un SS pour avoir des informations, ce doit être un supplice. Pourtant, je sais que nous sommes trop butés pour jeter l'éponge. Il le faudra bien, car à la fin du mois d'octobre, elle n'aura plus le privilège du Klaus Hoffmann diplomate. Ce ne sera pas moi qui viendrai la voir, mais le cher Capitaine Wagner accompagné de sa naturelle bienveillance envers autrui.
Je me frotte les yeux, prêt à affronter une énième journée à me promener dans les rues et observer Günther se donner à cœur joie pour arrêter le premier visage ressemblant aux Juifs sur les affiches de propagande nazie. Déjà habillé depuis un moment, les poings sur le matelas, je me propulse, dévale les escaliers en saluant le petit serveur et marche d'un pas ferme jusqu'au Tempelhofer Feld, le lieu de notre rendez-vous quotidien.
En m'approchant d'un peu plus près, je remarque un hématome sur la pommette de mon ami, ainsi que sa lèvre inférieure fendue. Je fronce les sourcils, me demandant dans quel plan bourbier il s'est engouffré.
« Tu ne devineras jamais, Klaus ! Un sale Juif, comme d'habitude, s'est rué sur moi pour me frapper sans raison apparente. Il m'a frappé plus fort que ce que je pensais ce fumier...
– Tu l'as tué ?
– Bien sûr. Allez on y va ! »
Je ne souligne pas cette déshumanisation, ce je-m'en-foutisme face à la mort. Mon cerveau ne cesse de m'envoyer l'image d'un corps sans vie, au milieu de la foule, dans une rue banale, le liquide poisseux formant une auréole autour de lui. Je secoue la tête, essayant de chasser ses images en marchant. Le début de la promenade se passe dans le conte magique que m'offre Günther sur ses aventures dans des bars, sur les beaux minois qu'il croise et qu'il aborde avec des sourires que je lui envie, sur les arrestations auxquelles il a participé... j'acquiesce de temps en temps, pour qu'il voie que je suis un minimum investi dans ce qu'il me raconte.
« Papiers Mademoiselle. »
Nous nous arrêtons face à une grande blonde, qui regardait dans toutes les directions, signe d'un comportement suspect. J'épie sa carte d'identité et d'autres futilités dans le genre avant de la laisser partir, réalisant que la dénommée Greta n'a rien à se reprocher, officiellement. Je parle de Katerina à mon ami, je lui demande des conseils.
« Tu es si à chier que ça en amour ?
– La preuve !
– Les choses sont censées se faire naturellement, si tu sens que tu forces ça va être compliqué.
– C'est ça le but Günther, forcer, je me force, je la force, elle se force et me force par la même occasion.
– Je vois... »
Il fait mine de réfléchir pendant un petit moment, son pouce et son index encadrent son menton dans une tentative forcée de rassembler ses neurones. Son crâne rasé brun luit sous la lumière du soleil, ajoutant des reflets verts à ses yeux, je comprends pourquoi cet idiot a du succès avec les femmes. Il n'est pas moche, il est gentil avec une touche d'humour. Tout ce que je n'ai pas.
« Je vais te conseiller un truc, petit Klaus. A cette réunion, personne ne t'a obligé à fréquenter Katerina de façon intime si ?
– Non.
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
