5 mai 1945.
On retient Rafe depuis beaucoup trop de temps. La culpabilité me ronge petit à petit tandis que tout le monde s'exalte à l'idée de détruire un des plus puissants officiers SS. Je ne peux pas supporter de le savoir ici, alors la moindre des choses, mon dernier service en tant que bras droit est de le sortir de là. Quitte à y laisser ma peau. J'ai déjà tout prévu. Quand tout sera terminé, je m'habillerai de l'uniforme nazi, je kidnapperai mon bien-aimé pour qu'un pilote de la Luftwaffe l'amène à une meilleure vie, loin de l'Allemagne, là où il sera bien traité, pas comme un monstre mais comme un homme. J'attends simplement le bon moment pour agir. Mais le bon moment ne vient jamais.
« Il faut se débarrasser des prisonniers, déclare un dénommé Dimitri à la table.
– Effectivement, répond Eduard. En plus d'être encombrants, les démocraties vont leur offrir la possibilité de se reconstruire ailleurs et ils ne le méritent pas. Ils méritent la mort, une atroce mort où ils crèveront dans la haine qu'ils ont tant prôné.
– Je suis d'accord, Colonel. Mais devons-nous effectuer un tri ?
– La majorité des prisonniers allemands ont été empoisonnés au cyanure ce matin même.
– Combien en reste-t-il ? Je demande.
– Deux. »
Deux dont Rafe. Rafe est coriace, jamais il ne se laissera empoisonné, jamais il ne nous donnera raison. La tactique de mon pays est la manipulation, mais cette manipulation a été choisie dans l'espoir de le vaincre lui. Il est notre ennemi, notre ennemi plus dangereux, plus manipulateur, plus vicieux que ce que nous le serons jamais. Il connaît nos tactiques.
« Il faut se charger du Major Rafe Wagner en premier, suggère un à ma droite. Il est le plus problématique, et son seuil à la douleur est terriblement élevé. Nous l'avons battu et...
– Vous l'avez frappé ? Je m'insurge calmement, d'une voix plus froide que le climat de Stalingrad. Pour qui vous prenez vous exactement ?
– Je leur ai ordonné, et je l'ai moi-même frappé, répond Eduard en me tuant du regard. »
Je ravale les mots acerbes sur ma langue. Ils l'ont frappé, à plusieurs j'en suis sûr. Certains l'ont tenu, d'autres se chargeaient de le défigurer. Je ne suis pas retourné le voir depuis deux jours, et même si son épiderme se régénère rapidement, je ne supporterai pas de voir une quelconque marque sur son visage. Ils se moquent pas mal des principes de la convention de Genève de 1864, ils se foutent de traiter les prisonniers comme des moins que rien vu qu'ils sont prêts à défendre chacune de leurs actions. Ils sont prêts à justifier chacun de leurs mauvais traitements.
Je ne dois plus dire un mot. Je dois me taire pour ne pas risquer de compromettre mes plans de fuite pour Rafe. La conversation sur celui-ci reprend.
« Il arrive à survivre sans manger, je ne sais pas comment est-ce possible. Le corps humain est capable de tenir plusieurs semaines sans manger, mais il est à peine plus affaibli qu'au jour de son enfermement.
– C'est un monstre.
– Un diable déchu de l'enfer venu pour semer la discorde.
– Il a blessé un des nôtres avec une fourchette. Il lui a planté dans l'œil plusieurs fois.
– Il faut l'abattre. »
Mon sang bouillonne dans mes veines. Je peine à garder mon calme.
« Il tient un réseau de résistance, informe Eduard comme si nous n'étions pas au courant. J'ai envoyé les caporaux les ramener. J'ai une idée pour en finir avec le Major. Nous allons l'exécuter devant ses fidèles partisans. »
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
