« Dois-je te parler dans ta maudite langue pour que tu me répondes ? Je hurle, assénant un autre coup de poing dans le visage difforme de l'espion déguisé en sergent. »
Voilà plus de deux heures que Klaus m'a ramené le faux sergent sans la moindre difficulté. L'angoisse peinte sur son si doux visage, cette culpabilité trop humaine que j'ai vu en lui... Sa bienveillance, même à l'égard des plus mauvais, m'a obligé à lui promettre que j'en aurai vite fini avec ce fumier. Fumier qui ne me rend pas la tâche facile. Seul sur sa chaise au milieu de la cave, il se débat malgré les menottes en fer rouillé que j'ai trouvé, il me force à prolonger ses souffrances. Je le regard. Ses cheveux mouillés par la sueur, sa respiration haletante, son visage boursouflé par les coups, un filet de salive coulant à la commissure de ses lèvres à force d'hurler comme un porc, des insultes en russe que je parviens à comprendre. Cet homme porte la laideur. En plus de porter cet immense fardeau, il porte aussi celui de la lâcheté. A force d'avoir exercé, je peux tout de suite conclure qu'il suffit de peu pour qu'il me balance tout ce dont j'ai besoin.
Je me réinstalle face à lui, le tirant par les cheveux pour le forcer à me regarder. Ses yeux luisant de larmes implorent ma pitié.
« Qui t'a envoyé ? Dans quel but ? »
Silence.
J'arque un sourcil, surpris par sa stupidité envoie de taillader son front, espérant former le mot " traître " sur son épiderme malgré ses gesticulations encore violentes. C'est dingue, je n'arrive toujours pas à ressentir une once de culpabilité face à mes actions. Me tenir face à un homme désarticulé, mutilé et à l'article de la mort ne me touche pas. Il gueule face à la froideur de la lame sur sa peau.
« Je... Je suis pas... »
Je m'arrête, lui laissant un semblant de repos. Adossé contre le chambranle de la porte, je l'observe lutter entre son devoir et sa faiblesse, caractéristique de la race humaine, de la race soviétique, de la race du traître. Je fais un nouveau pas vers lui, il lâche alors ces mots.
« Je ne suis pas venu pour Günther Weber ! »
J'esquisse un rictus, peu surpris qu'il ait craqué si vite. Enfin, vu l'état de son visage la notion de vitesse est bien subjective. Je m'installe en face de lui sur la première chaise me passant sous la main, attendant désormais mes réponses. Le menton entre les mains, je patiente sans mot dire.
« Alors pour qui es-tu venu ? Et qui t'a envoyé ? »
Il crache du sang qui manque de peu d'atterrir sur ma peau immaculée. Mon visage se déforme de dégoût, perdant patience, j'attrape une pince et sa main, décidé à ce qu'il ne puisse plus faire sa manucure. Je lui arrache un premier ongle. Il pousse une plainte à déchirer les tympans, de grosses gouttes de sueur dégoulinant sur son épiderme, il serre les dents et siffle entre celles-ci. Je réitère mes propos dans un calme le plus déroutant, absolument insensible face à ce que j'inflige. Rien. Il ne dit rien et se contente de m'observer avec une folie assassine dans les yeux.
Je lève les sourcils dans un geste nonchalant, et commence à tirer sur son deuxième ongle. La majorité craque au bout du troisième.
« Non ! Non, pitié !!! Je vous en supplie, arrêtez !
– Tu sais les choses sont simples, Russkof, si tu veux que j'arrête, il suffit que tu me donnes toutes les informations que je désire. Et je suis un homme capricieux, si je n'ai pas ce que je veux, j'ai une mauvaise habitude de tuer pas mal de gens après.
– Vous êtes malade ! Putain !! hurle-t-il en voyant son troisième ongle sauter. »
Je lui laisse deux minutes au porc attaché pour rassembler le peu de logique qu'il lui reste. Je suis malade, ça c'est une certitude, je l'ai compris quand je n'ai pas pleuré lorsque j'ai vu le cadavre à ma mère. Il n'a pas l'air de se rendre compte de ça, c'est pour cette raison que je pourrais continuer cette activité pendant des heures encore. Si je n'ai pas versé une larme pour la femme qui m'a donné la vie, je cracherai sur ce cadavre, un de plus qui s'accumule derrière moi.
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
