Chapitre 27 Klaus

19 5 10
                                        

11 décembre 1938.

Confortablement avachi sur un fauteuil dans le bar-salon de l'hôtel, j'écoute les ragots, sans jamais vraiment y participer. La plupart sont en grand débat concernant le premier Kindertransport d'il y a dix jours, phénomène qui ne s'arrête plus. Le Reich envoie je ne sais combien d'enfants juifs et orphelins aux pays tels que la France ou l'Angleterre, décision au cœur des conversations. Les plus embrigadés râlent, disent que ce choix montre une certaine faiblesse de l'Allemagne, les autres, plus lucides concluent qu'avoir décidé ceci n'est qu'une manipulation de génie pour éloigner les démocraties de notre expansion.

« Et toi ? T'en penses quoi ? Me sollicite un de mes aînés. »

Je me redresse, réalisant que mes pensées étaient à la dérive. Focalisées sur Wagner. Wagner et ses doigts dans mes cheveux. Wagner et ses lèvres douces sur mon épiderme en feu. Wagner jaloux que je puisse envisager une quelconque amitié avec un autre.

Je sirote quelques gorgées du verre de schnaps, sous les yeux curieux de tout le monde attendant que je réponde.

« Je pense que les gamins n'ont rien à voir dans tout ça, c'est une bonne chose qu'on les envoie loin. Ils pourront témoigner de la puissance du Reich ainsi. Agir comme des monstres nous conduira à notre perte, l'innocence des enfants jouera en notre faveur.

– Je reconnais là les lucides paroles de mon bras droit. »

Un lourd silence s'écrase dans le salon face à cette voix intimant une discipline irréprochable. Tout mon corps palpite à l'unisson en le voyant s'approcher, saluer quelques soldats avec ce même rictus de politesse scotché à son visage. Il trouve une place près d'un petit de 17 ans. J'ai terriblement chaud, sous ses yeux d'ambre qui me déshabillent, je sens le tissu de mes habits frotter trop fort contre ma peau. Le Capitaine semble quant à lui dans son élément, répond avec allégresse aux questions de ses subalternes.

Je toussote, tente tant bien que mal de retrouver la lucidité dont je fais apparemment preuve. Je m'attire le regard brûlant et moqueur de mon supérieur. Ce que je le déteste. Je déteste qu'il arrive à faire comme si de rien n'était. Je déteste qu'il arrive à faire comme si ses lèvres ne dévoraient pas les miennes contre cet arbre. C'est honteux. Je ne me suis jamais senti aussi honteux qu'en réalisant mes désirs les plus fous. Je veux le voir perdre les pédales face à moi, je veux qu'il me supplie à genoux, je veux voir le grand Wagner faible pour moi. Je veux voir l'officier si froid être ivre de ma personne, je veux qu'il ressente ce que je ressens quand je le vois, de façon bien plus intense. Je le veux si fort que ma tête semble sur le point d'exploser.

Pourtant, personne ne commente mon silence depuis son arrivée. Ils continuent tous de parler alors qu'une pensée est coincée dans mon esprit. Que fait-il ici ? Lui qui n'aime pas la foule, lui qui aime sa solitude, le voilà au milieu de tous ses hommes à boire et parler.

Je me sens terriblement mal à l'aise, les yeux rivés sur ses énormes avants-bras veineux croisés autour de sa poitrine. Ces mêmes avants-bras qui me plaquaient contre le mur de la chambre à Munich. Mes contemplations passent sur ses lèvres humides par l'alcool, celles qui m'arrachaient de violents soupirs de plaisir après les rudes entraînements dans les montagnes bavaroises. Mon estomac se serre, accompagné de délicieux frissons parcourant l'épiderme de mon bas-ventre et mes reins.

« Klaus, tu vas bien ? »

Günther m'arrache de mes rêveries par une tape amicale derrière la tête. Je ricane, prétendant commencer à sentir les effets de la bière, du schnaps et je ne sais quelle autre substance mélangée.

Wagner pose ses yeux sur moi, brillant d'une étincelle aguicheuse, animant mon esprit des pires idées.

Je salue tout le monde, incapable de rester une minute de plus dans la même pièce que lui.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant