Février 1944, Paris, France.
Chaque jour que Dieu fasse, je me suis rendu dans ce sous-sol miteux, j'ai fait face à un des résistants les plus farouches que j'ai connu. Le seul qui m'a ouvertement ri au visage tandis que je le ruais de coups, qui ne parle pas malgré la souffrance qui tord tout son corps que je prends un malin plaisir à torturer. Je le viderai de son sang, ce Français, je le saignerai à blanc jusqu'à ce qu'il me dise tout ce dont j'ai besoin de savoir. J'ai déjà obtenu son nom, grâce aux tentatives diplomatiques de Günther.
Je détiens un certain Armand Vernay, ancien militaire qui a mal digéré la défaite il y a quatre années de ça. J'ai également appris que sa fille de dix ans a été tuée dans des bombardements sur Dunkerque, que seule sa mère survit à l'Occupation après avoir assisté à la déportation de son époux. Je le regarde encore aujourd'hui, je peux comprendre la haine féroce qu'il nous voue. Une haine si forte que j'en viens à le respecter de ne pas se soumettre comme beaucoup l'aurait fait, de continuer à se battre même défiguré, il ne crache pas le morceau, serait même capable de me cracher dessus plutôt que de coopérer.
Sa tête mollassonne se balance d'un côté puis de l'autre, il toussote, ses lèvres gercées se craquellent et saignent tant il est déshydraté et affamé. Aucune méthode ne fonctionne avec lui, alors les plus drastiques sont l'ultime espoir. Son deuxième œil peine à rester ouvert malgré son énorme renflement, le droit a déjà déclaré forfait. Je sens sa paranoïa d'ici, il doit se dire qu'il doit toujours avoir un œil sur moi.
« Armand, comment tu te sens aujourd'hui ? Je le nargue en m'installant face à lui, me laissant à la vue de toutes ses horribles contusions.
– Comme sur des roulettes, me répond-il d'une voix rauque.
– Tu sais que de lâcher prise ne fait pas de toi un faible ? Te confier te ferait le plus grand bien.
– Plutôt crever avec mes péchés, Major.
– C'est bête tu vois, car j'ai terriblement la flemme de te frapper. »
Je ne peux m'empêcher de compatir avec toutes les souffrances que je lui ai fait endurer depuis plus d'un mois. Klaus a également participé, ayant trouvé un talent commun avec Günther, celui de la torture mentale. Il résiste, entonnant La Marseillaise pour nous provoquer, sachant très bien que nous avons trop besoin de lui pour le tuer. Armand se décompose de douleur en un silence honorable, sans me faire le plaisir de hurler ou pleurer, il essaie de rester stoïque malgré les croûtes lui tirant l'épiderme, ses ongles qui repoussent, les hématomes couvrant son corps, l'infection pullulant autour de ses yeux verts...
« Tu as des amis en Angleterre, comment vont-ils ?
– Je sais pas, vos amis de Boches prisonniers ne vous ont pas écrit pour vous le dire ? »
Mon amusement face au grand Vernay s'est terni au fil du temps, je suis un peu désespéré de ne pas avoir ce que je veux. Je me bats dans le vide, je devrais le tuer, mais quelque chose m'en empêche. Peut-être est-ce de voir Günther sourire après des conversations sarcastiques avec lui ? Peut-être est-ce parce qu'il me rappelle ma détermination ? Peut-être est-ce parce que ça ne sert plus à rien vu que le Reich est voué à tomber ? Je n'en sais rien.
« La RAF vous cause des ennuis, n'est-ce pas ?
– Autant que de te maintenir en vie.
– Je vois, sourit-il. Vous comptez me libérer un jour ? Ou alors tuez-moi, je ne supporte pas d'être prisonnier, encore moins de vous.
– Putain, tu sais vraiment pas la fermer ta gueule c'est dingue ! Je m'écrie en l'attrapant par le col de sa chemise crade. Tu parlerais tu serais déjà dehors ! Il faut vraiment que tu veuilles jouer les héros ?
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
