L'officier supérieur marchait autour de ses hommes, peinant à ne pas leur montrer son angoisse. De son jeune âge, malgré son ambition démesurée, il n'avait pas prévu cette pression d'être Lieutenant-Colonel à seulement 28 ans. Lui qui venait d'une famille riche, fils unique, le prince et virtuose de sa famille, il ne s'était jamais senti aussi seul et stressé qu'en ce moment.
Il a dû gérer l'invasion des allemands, supporter les cris de ses camarades sous le joug nazi, garder espoir, la tête haute, ne montrer aucune émotion. Il avait été programmé ainsi, un bon Soviétique ne doit être atteint de rien le concernant lui-même, mais être prêt à mourir pour ses hommes.
Voilà un point commun que je partage avec ces fumiers, pensa-t-il.
Il donnait le meilleur de lui-même, il donnait le meilleur pour lui et son camarade qu'il n'avait pas revu depuis maintenant 4 ans. Voilà pourquoi le jeune officier était si mal en point. Il ne le montrait pas. Pour passer le temps pendant cette accalmie, il surveillait l'état de ses soldats. Beaucoup étaient blessés, mais tous avaient encore ce regard brûlant de vengeance. Tous ici haïssaient les Allemands, ils les considéraient comme une infâme maladie incurable, pouvant être soignée que par la mort.
« Lieutenant-Colonel Vetrograd? L'interpelle un de ses camarades.
– Oui ?
– Comment fait-on ? L'espion, sait-on où il est ? »
La gorge du dénommé Vetrograd se serra. Le seul ami qu'il avait eu dans son existence était tellement brillant qu'il avait été envoyé en Allemagne, dans les rangs de l'armée. Malgré leur fréquente communication épistolaire, il ne savait pas grand-chose de son éternel camarade. Ce n'était pas lui qui gérait les rapports envoyés au Quartier Général de Moscou, alors il était torturé par cette horrible pensée que son ancien compère pouvait être mort à l'heure actuelle, tué par ses hommes sous ses ordres. Il en était malade.
« Non, répond-il, on ne sait pas où il est. Il est dans les rangs allemands, c'est une certitude.
– Pensez-vous qu'il est dans la Wehrmacht ? Ou la SS ? Peut-être même la Gestapo ? »
L'officier peinait à ne pas s'emporter, malgré les frissons de colère sillonnant son épiderme. Ses soldats ont été formés avec l'espion, eux aussi s'inquiétaient de le tuer sans le savoir. Cependant, il ne supportait pas qu'on parle de son ami, pour gagner la guerre, se disait-il, il ne devait pas penser aux sentiments. Ce qui était plus facile à dire qu'à faire.
Il laissa alors ses hommes, allant dans son bureau du bunker collectif, il y resta quelques heures, profitant de la journée pour réfléchir. Il savait que les allemands étaient des hommes intelligents, mais le Lieutenant-Colonel Vetrograd l'était encore plus. Il avait parfaitement conscience que les nazis n'attaqueront pas en plein jour.
Il succomba à la nostalgie de ses souvenirs avec son camarade. Il revoyait leurs fous rires à la caserne, leurs entraînements ensemble, comment, tous les deux, ils avaient réussi à se hisser très haut sur l'échelle de l'armée russe. Son compère était Lieutenant-Colonel lui aussi, alors il se demandait à quel rang il était chez les nazis. S'il était bien traité, si personne n'avait découvert sa couverture, s'il était toujours un fidèle de Staline, et par-dessus tout, il espérait qu'il ne l'avait pas oublié et qu'il était en vie.
Il se laissait submerger par la peur de perdre, face aux soldats nazis qui ne cessaient de progresser et tout massacrer autour d'eux, ayant pour but de détruire la ville de Moscou. Il avait vu des russes se tiraient une balle au fond de la gorge pour ne pas mourir de leurs mains, entendu des atroces hurlements de ceux pris sous les chaînes des Tanks Panzer avec leurs boyaux dégoulinant. Mais surtout, il l'avait vu lui. Vetrograd ne savait comment, mais la réputation d'un soldat SS avait atterri en URSS.
Le Major Rafe Wagner. Sous les bombes et au milieu des flammes, cette vision avait autant captivé qu'effrayé le russe. Ses yeux ne pouvaient se détacher de l'allemand qui affrontait à mains nues trois soldats gradés, il avait fini par les tuer les trois. Décapités. Trois soldats décapités par un seul homme. Il a encore en image leurs têtes dans les mains de ce monstre, vulgairement jetées sur un drapeau soviétique enflammé. Le soviétique était tétanisé par la peur et la colère, priant de tout son cœur pour que son ami ne soit pas rangé aux côtés de ce fou. Le visage du tueur se fondait miraculeusement bien au milieu du chaos, tacheté de gouttes de sang qui n'étaient pas le sien. C'est à cause de lui que Vetrograd avait perdu des hommes, et il s'était juré qu'il abattrait le Major nazi de la même manière. Il le décapitera, il s'en faisait la promesse.
Malgré les difficultés de l'armée Rouge a repoussé toutes les divisions nazies, ils gardaient tous espoir. Espoir nourri par les rapports de l'espion, grâce à lui, ils connaissaient beaucoup de chose sur le Grand Reich allemand. Vetrograd avait lu avec effroi les rapports sur les camps de concentration, les détails énoncés par son ami lui glaçait le sang. Il savait que les dires de l'espion leur apporteraient la victoire, ce n'est plus qu'une question de temps. Le Lieutenant-Colonel se disait que la guerre ne pourrait pas durer deux ans de plus, la violence le rendait fou, angoissé, exécrable. Il ne supportait pas de tuer. Il ne supportait déjà plus de voir les cadavres de ses camarades.
Il finit par se lasser de ses tergiversations, il retrouve donc les survivants et décide de boire de la vodka avec eux. Il était fier de ses hommes, du peu de morts qu'ils avaient subi, leur formation a été la plus belle de ses réussites. Aucun ne se laissait abattre, tous avaient ce feu qui brille dans les prunelles des soldats. Celui de la pugnacité, de la vengeance, la loyauté et la persévérance.
En buvant, il se jurait intérieurement de tirer son cher ami des griffes des nazis, quitte à lui-même y laisser sa vie. Il avait toujours été témoin de ses sacrifices, notamment son choix de partir en Allemagne à sa place, aujourd'hui c'était son tour de se sacrifier pour l'espion.
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
