Berlin, Allemagne.
Rivé à la fenêtre, j'observe les grosse fumées noires polluant le coucher du soleil à quelques kilomètres de là, partout, que du noir nous entoure tous... Depuis quelques jours, la capitale connaît un semblant de tranquillité, mais les B-29 américains ont décidé d'aller détruire Dresde. Ils ne s'arrêteront pas avant que l'Allemagne soit ruinée. Je ricane, ils se disent les partisans de la démocratie, mais la démocratie ne détruit pas toute une nation, il n'y pas besoin de tout bombarder, ils auraient pu tuer les hauts dignitaires directement. Je me demande à quoi cela leur sert de tout détruire en prônant des valeurs de justice et d'égalité, est-ce la justice d'envoyer des obus sur des hôpitaux, sur des rassemblements civils ? Toute cette catastrophe dans l'espoir de nous faire plier.
Je termine mon verre de schnaps, seul, hanté par mes souvenirs avec Alexei. Je ne l'ai pas revu depuis presque quatre jours, depuis que je lui ai couru après, torturé par la peur qu'il soit trop tard. J'étouffe déjà. Il doit être parti, s'il est prudent il a dû partir en avance. J'essaie de lui faire gagner du temps face aux sermons du Colonel Van Staveren, alors j'espère qu'il a pu partir. Après l'avoir haï, je ne peux m'empêcher de lui souhaiter le meilleur. Car il m'a apporté le meilleur.
Peut-être un SS l'a tué ?
Je secoue la tête, incapable d'assimiler ce scénario houleux. Il retrouvera sa liberté, je le sais. C'est un homme fort, il ne peut pas rester en captivité ici. Torturé par mes pensées, j'en viens à prier je ne sais quelle divinité pour que son ami Vetrograd le recueille. Je ne veux pas qu'il soit seul en revenant chez lui. Je l'ai moi-même vécu, seul en Allemagne quand mon père m'a fermé la porte au nez. Je ne veux pas qu'il soit seul. Qu'il retrouve sa mère, Sofia, et qu'il lui transmette tout mon amour avant de profiter d'elle, profiter de sa vie retrouvée et la continuer. Si c'est trop dur, je veux qu'il la continue en oubliant que j'ai existé.
Je descends les escaliers, allant ouvrir au fou furieux qui ose se pointer à ma porte. Je tombe face à Alexei, le visage dissimulé sous une capuche. Je me retiens de lui crier dessus. Pourquoi est-il encore ici ? Il ne me laisse pas le temps de le dégager en poids et en volume qu'il me pousse et rentre. Je l'observe faire, muet, scandalisé par son manque de précaution. Merde, on parle de sa vie qui est menacée !
« Tu ne dois pas être là, putain, tu es censé être parti pour l'Union Soviétique ! »
Il ne répond pas, se contente de me fixer de ses grandes prunelles bleues. Je sens son appréhension d'ici. Je me rapproche, pose ma main sur son épaule. Le russe se crispe mais ne me repousse pas.
« Je peux te demander un service, Alexei ?
– Tout ce que tu veux.
– Dis toute la vérité à ta mère. Dis lui que je m'en suis sorti grâce à elle, c'est elle qui m'a sauvé la vie en m'amenant au port. Dis lui tout, dis lui que mon père m'a laissé seul, dis lui que mon dernier espoir était la SS. Raconte-lui notre histoire, dis lui qu'elle m'a sauvé comme la sienne a sauvé Catherine. Je veux qu'elle sache tout, qu'elle connaisse tout, qu'elle sache que malgré la haine que j'ai cultivé pendant des années, j'ai réussi à survivre parce qu'elle a été aussi importante dans ma vie que Catherine l'a été pour moi. Dis lui que je l'aimerai toujours. Je ne veux pas qu'elle pense qu'elle n'a pas compté. Dis lui aussi qu'elle a su éduquer son fils comme une reine.
– D'accord... soupire-t-il en étouffant un sanglot. Rafe... Il ne nous reste que quelques heures. Je dois partir dans la nuit... Je, j'ai peur... Je ne veux pas partir.
– Je préfère te savoir loin de moi mais en sécurité, qu'ici et en danger. »
Quelques heures. Quelques heures et tout sera terminé.
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
