10 octobre 1938.
Je jubile, pensant à la puissance du Reich s'étendant par-delà les limites de l'entendement humain. Il y a neuf jours de ça, nos troupes passaient la frontière tchécoslovaque et vainquaient, comme à chaque fois. Je ne comprends pas comment les démocraties s'entêtent à nous tenir tête, alors que nous avons toujours, toujours, toujours ce que nous désirons, peu importe le temps que cela peut prendre. Je ricane, seul face au journal quotidien, me disant que le triomphe allemand sera bientôt irréfutable.
Il est environ 13h quand je me décide de sortir de mon bureau, ayant assez procrastiné en prétendant écrire tout un tas de rapport pour Himmler. Je fais mon travail, mais le fais à mon rythme, les autres se sont faits à mon manque de savoir-vivre en équipe. Je passe devant ma fenêtre, assez brillante pour m'offrir un reflet assez net de ma personne. Mon uniforme vient d'être lavé, noir, lustré et brillant, fait ressortir les petites médailles décorant mon pectoral gauche. L'ombre de ma barbe fraîchement rasée ne se distingue point sur ma peau pâle, illuminée par ces prunelles semblables à un brasier ardent inspirant la peur de tous ou presque. J'affine les petits irrégularités de ma coiffure, aplatissant les mèches brunes désobéissantes.
Je suis prêt à embarquer Hoffmann avec moi et nous diriger à une énième réunion. Concernant les Schröder. Elle a pour motif d'établir la situation actuelle de la mission de mon bras-droit, s'il arrive correctement à lui soutirer des informations ou si le chef suprême de la SS doit passer aux étapes supérieures.
Je traverse le couloir adjacent au grand salon, d'où j'entends des fous rires, des insultes, des tintements de couverts rythmés par les paroles des soldats. Je reconnais la voix du petit Günther Weber, il rit à gorge déployée avec un autre. L'ami de mon protégé a la fâcheuse habitude d'être exubérant, remarquable dans le mauvais sens du terme. En pénétrant dans la pièce à vivre, je suis salué par l'intégralité de ceux qui mangent à vomir tous leurs tripes.
« Bonjour, Capitaine !
– Bonjour, quelqu'un a-t-il vu Klaus Hoffmann ? »
Son plus proche compagnon me jette un regard, sans réfléchir je comprends. Ce grand idiot aux yeux bleus a encore fait des siennes. Je respire un grand coup, essayant de ne pas frapper quelqu'un.
« Weber, il est passé où ?
– Euh... Eh ben... Il...
– Bon, tu accouches oui ?! Ton collègue. Où. Est. Il.
– Je ne sais pas où il est Capitaine, me répond-il en se levant. Il m'a signalé avoir quelque chose d'important, sans me dire quoi. Il m'a chargé de vous dire qu'il serait là avant votre rendez-vous. »
Je me calme, satisfait de voir que le sérieux et le professionnalisme du garçon n'ont pas disparu. J'observe tous ces soldats, certains ayant tout juste 18 ans, certains plus vieux que moi et pourtant sous mes ordres... Ils ont l'air si innocents, si naïfs...
" ne laisse pas les ténèbres extérieurs te prendre ta lumière que je vois dans tes beaux yeux, petit Rafe ", me disait-elle en me laissant seul avec le précepteur. Ma gorge se serre, si elle répondait à mes lettres que je ne cesse d'envoyer, si elle savait ce que je suis devenu... Je suis sûr qu'elle m'aurait laissé croupir dans les rues de York, sans placer autant d'espoirs en moi.
Je toussote, reprenant mes esprits.
« Vous allez vous diviser en quatre groupes de trois, puisque la plupart ici ont disparu, commencé-je en faisant allusion à Hoffmann. Chacun des groupes ira dans un quartier bien défini, vous avez la carte des magasins juifs en activité, à mon retour, je veux qu'il n'en reste aucun. Est-ce compris ?!
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Le Sociopathe
Fiction HistoriqueC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
