Les mois sont passés, des mois que j'ai négligé pour être constamment confronté à la mort. Des mois que j'ai négligé alors que ce quotidien lassant à Chelmno me permettait de retrouver Rafe dans sa grande demeure, des mois où je me disais préférer le Front que la sinistre paix d'un soldat SS dans un camp. Je regrette cette période, malgré les inconvénients qu'elle avait, elle me permettait d'être un minimum humain dan ses bras. Car, plus le temps passe, plus je vois que le Major est tendu, angoissé et encore plus impulsif que ce qu'il était. Je n'ose pas lui demander, je sais qu'il me fait confiance pour m'en parler.
Nous voilà désormais sous le soleil écrasant de Stalingrad, se battre jusqu'à ce que le suicide soit la meilleure option, voilà notre quotidien. Je m'attendais à toutes les formes de combat sur le territoire russe, à tout sauf à des combats de rues, à des pirouettes ensanglantées sur le goudron, tuer des soldats à mains nues, marcher puis voir ses camarades exploser sous des mines. C'est pire, pire, sacrément pire que le pire des cauchemars. La mort rode, même dans les yeux des plus robustes.
« Quatre soldats russes, chuchote Günther dans l'ombre d'une fenêtre d'un bâtiment à moitié détruit, récemment revenu de sa permission.
– Klaus, la grenade, m'ordonne Ernst. »
Je la lui tends sans rouspéter, me bouchant les oreilles quand la détonation retentit, dans un jet de membres et sang humain absolument horrible. Nous y sommes que depuis deux mois, et j'ai l'impression d'avoir usé une décennie de ma vie sur les décombres d'une des anciennes plus belles villes du pays, selon les dires.
« Où est le Major ? Je demande.
– Bonne question, on doit se retrouver au bâtiment à un kilomètre, me répond mon ami. »
J'acquiesce sans rien dire. Je me prépare à courir au milieu de ces grandes avenues sablonneuses noircies par les obus, le cramoisi et toutes les substances possibles. Un kilomètre, ce n'est pas si loin que ça. On va y arriver. Un petit kilomètre nous sépare de la sécurité, on ne peut pas flancher maintenant. Mais alors que je commence à me redresser, une silhouette familière à découvert, luttant face à deux hommes. C'est Rafe. Cet idiot seul, face à deux individus. Le pire dans tout ça, c'est qu'il n'a pas l'air le moins du monde en difficulté. Seulement armé de ses poings, il maîtrise sans soucis ses assaillants. Je reste ainsi, subjugué par le spectacle terrifiant qu'il nous offre. Celui d'un homme qui n'a pas peur de la mort, celui d'un homme prêt à affronter et vaincre la mort pour assurer la vie sauve à ses hommes. Une aura quasi divine s'émane de lui lorsque les deux soviétiques tombent au sol de sa main, les deux raides morts, tués par un seul homme.
Günther pose les jumelles dans le sac sur son dos. Le Major nous a donnés le feu vert pour le suivre, il a déjà disparu de notre champ de vision.
« On tue tout ce qui bouge, j'ordonne, profitant de ma récente promotion.
– Bien reçu. »
Nous sortons à pas de loup du bâtiment, encore habité des cadavres de l'armée Rouge. Ma gorge se serre en réalisant que c'est moi qui les ai tous tué, une grenade que j'ai lancé a suffi pour arracher la vie à une demie douzaine d'hommes.
L'air nous gifle le visage, puissant, mais d'une chaleur à faire vomir le plus solide. Un silence morbide plane autour de nous, alors on avance, l'arme toujours chargée sur notre épaule. Tout mon sang est en ébullition, mes veines semblent sur le point d'exploser. On passe devant la carcasse d'un cheval, celui d'un tank où le conducteur calciné n'a pas eu le temps de s'échapper, les maisons en ruine. La ruine. Partout. Je soupire.
Un grondement lointain alerte mes sens. Je lève les yeux vers le ciel, ne discernant rien d'autre qu'une étendue bleue ensoleillée. Un mauvais pressentiment tord mes entrailles. La Luftwaffe doit affronter l'armée stalinienne, mais je suis persuadé qu'il y a autre chose. L'air est plus lourd, le ciel frôle nos têtes tant il est bas. Je ne dis rien, voyant qu'aucun de mes deux camarades ne s'inquiètent.
VOUS LISEZ
Le Sociopathe
Fiksi SejarahC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
