« Mon choix a été fait, si aucune coopération n'est faite du côté de Katerina Schröder, je n'en ferai aucune. On a assez tergiversé Colonel, on se doit d'agir et sauver l'honneur du Reich. Ce n'est pas la perte de cette alliance qui causera notre perte, il vaut mieux être seuls qu'avec des traîtres. »
Les dernières paroles du Capitaine sonnent comme un glas dans la salle de réunion. C'est aujourd'hui le grand jour, l'Affaire Schröder va se clôturer en même temps que notre Führer rencontre le premier ministre anglais en Bavière. Décidément, le 15 septembre est une date à marquer d'une croix dans le calendrier.
Mes yeux se lèvent vers Wagner, debout devant tout le monde, étayant son avis avec une élocution remarquable, clouant le bec à tous les vieux officiers. J'ai compris que mon supérieur incarne le renouveau, l'élan de la jeunesse, de nouvelles méthodes pour faire régner l'ordre. J'ai aussi compris qu'il était prêt à tout pour être entendu, et que, malgré son tempérament plus que compliqué, les autres gradés l'adulent. Nos regards se croisent à nouveau. Il est le contraire de ce qu'il était avec moi ce soir-là, à ricaner, sourire, se moquer de moi. Il s'est revêtu du masque du Sociopathe.
Ses traits masculins sont encore plus proéminents qu'à l'accoutumée, la haine peint son visage avec hargne à la vue de ses sourcils pointus touchant presque ses prunelles enflammées, sa mâchoire saillante pourrait couper n'importe quelle matière. Wagner attend quelques secondes, pour une quelconque réponse d'un des officiers. Un petit bonhomme se lève.
« Capitaine, comme on dirait dans les tribunaux, j'ai une objection.
– Laquelle ?
– Himmler nous a transmis un ordre ce matin même. »
Le visage du Sociopathe s'adoucit, comme si les paroles du chef de la SS donneraient de la légitimité à ce qu'il a prévu de faire. Moi-même n'en sait rien, mais j'espère intérieurement qu'il fera un choix digne d'un officier. Le bonhomme reprend.
« Il nous a ordonné de ne pas lancer d'offensives sur le père Schröder ni sur sa fille. Nous en avons le droit si et seulement si cette dernière nous attaque d'abord. »
Cette affaire s'annonce plus compliquée que prévue, cependant, le coriace Rafe Wagner reste debout, signe qu'il a déjà une réplique en tête.
« Et que faisons-nous des hommes qui ont déjà péri ? On doit se soumettre à elle que parce que des ouvriers travaillant pour son patronyme nous fournissent des armes ? »
Il essaie de canaliser la colère dans sa voix, ou la frustration de ne pas pouvoir laisser un rôle plénipotentiaire à son impulsivité. Je lui lance une œillade, qui j'espère le dissuadera de toute engueulade avec les autres. Sa mâchoire se crispe, mais il garde le silence, s'ajoutant à celui des gradés qui ne savent plus que dire face à la ténacité du plus jeune de leurs camarades.
« On ne peut rien faire pour le moment, Capitaine Wagner. Les ordres sont les ordres, vous le savez, on ne peut les contester, le faire serait considéré comme de la haute trahison.
– C'est elle ! S'époumone-t-il. C'est elle la traîtresse !!! C'est une traître à la nation, une sale pourriture qui pactise avec les Juifs pour acheter une morale inexistante. Elle et sa famille prône une égalité pour tous, hurlent au scandale quand on tue, mais clament le crime justifié quand il s'agit de descendre certains de mes hommes qui avaient une femme et des enfants ! Scheisse ! Pourquoi Himmler ne s'en rend-t-il pas compte ?! »
La tension monte au rythme de la croissance des décibels de Wagner. Il est rouge de colère, ses traits d'origine harmonieux sont déformés. Les regards des officiers s'assombrissent. Tout se passe très vite dans ma tête, le cœur battant la chamade, je me lève. La dizaine de paires d'yeux me fixent, tous aussi surpris les un que les autres que j'ose enfin me manifester.
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Le Sociopathe
Fiksi SejarahC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
