23 juin 1940.
Après plus d'un mois de combat à l'ouest, nous rentrons enfin. L'aide de la SS a permis de nombreux exploits de la Wehrmacht sur tout le Front de l'Ouest, tous les belligérants alliés sont désormais rattachés au IIIème Reich. Hitler a réussi là où ses prédécesseurs avaient échoué. Malgré les nouvelles conquêtes plus que jouissives, une reste gravée dans la mémoire de tous lorsque le soldat Weber est revenu ce midi, un journal à la main. Nous avons eu la France, après la percée de Sedan, il n'était plus qu'une question de temps avant que notre éternelle ennemie ne se rende. Faiblement. Lâchement. La France est désormais allemande, la plupart de leurs habitants cohabitent avec nous avec facilité déroutante, ils se soumettent plus rapidement que je ne l'aurais cru. Cette nation qui a causé notre chute il y a 22 ans est aujourd'hui à notre merci, que dire à part se réjouir d'une si grande victoire ?
« Moi, ça me gênerait pas d'aller en France, il paraît que les femmes sont plutôt faciles d'accès ! »
J'essaie de ne pas bouillir de colère face à la mentalité de la majorité des hommes. Je n'aime pas qu'on parle ainsi des femmes, surtout pas depuis que je sais que Catherine est morte en ayant tué son mari, le violeur de celle qu'elle aimait. Je ne comprends pas, et je ne comprendrai jamais comment on peut être aussi négligeant envers les femmes alors que c'est elles qui nous donnent la vie. Diraient-ils la même chose s'ils entendaient des hommes parler ainsi de leur mère, de leur sœur ou de leur épouse ? J'en doute.
Tous mes soldats discutent allègrement autour de verres de schnaps, rient à gorge déployée, célébrant la première victoire décisive du Reich. Je les regarde tous, un élan de fierté dans les prunelles. J'ai réussi à revenir avec le même nombre de gars que lorsque je suis parti il y a plus d'un mois, et sans aucun blessé grave. Ils sont tous là, en forme. Je souris, réalisant que mes méthodes un peu drastiques ont peut-être quelques avantages.
« Pourquoi souriez-vous, Capitaine ? »
Je me tourne vers Ernst, l'aîné de toute la clique. Ce quarantenaire a toujours été attentif à tout le monde, à chacune de nos réactions. Il fait partie de ceux que j'apprécie réellement, pour leur loyauté, leur docilité et leurs principes.
« Je souris pour la victoire, tu préférerais que je fasse la tête ?
– Non, non, c'est plus agréable de vous voir ainsi, me répond-il dans sa neutralité professionnelle habituelle. »
Le regard de Klaus se pose sur nous, mon collègue ne le remarque peut-être pas, mais moi je ne peux que remarquer l'éclat de ce que j'appellerais jalousie luisant dans ses prunelles de saphir. Je finis de l'achever avec un rictus moqueur, m'engageant dans une conversation barbante sur nos prochaines missions avec le soldat Adler. Mon bras droit finit par se détourner, mais sa mâchoire est si serrée, ciselée sous l'effet d'une jalousie qui n'a pas lieu d'être qu'elle semble capable de trancher de l'acier.
« Ernst, ta compagnie m'a fait plaisir, mais mon devoir d'officier m'appelle.
– Tout le plaisir est pour moi, Capitaine. »
Il s'en va sur un salut hitlérien. Je laisse mes subalternes à leurs discussions tout sauf constructives, ayant d'autres chats à fouetter que de les écouter débattre sur la vertu des femmes françaises. Je profite qu'Hoffmann discute avec son éternel acolyte pour m'éclipser, ne voulant pas tout lui révéler comme un supérieur trop naïf. Je ne le sens pas, à ce Günther, il ne m'aime pas et je reste persuadé qu'il serait capable de s'immiscer entre Klaus et moi pour avoir des informations à mon sujet. Alors je détale, le QG comme destination. Le Colonel Van Staveren m'attend pour une entrevue privée. Il ne m'a pas expliciter la raison de ma venue, mais ne pas savoir m'a obligé à y aller. Cette enflure d'officier supérieur sait comment me tenir sur le droit chemin, car malgré mon caractère que j'ai moi-même du mal à saisir, j'ai une conscience de mon devoir irréprochable.
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Le Sociopathe
Historical FictionC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
