Une erreur. Une erreur dans la guerre coûte des millions de vies. J'ai fait une erreur. Et ma seule erreur semble sur le point de me tuer à petit feu. Ma seule erreur me coûte de voir partir la seule personne qui a su me compléter. Rafe.
Il fallait que ce moment arrive par une journée ensoleillée d'été, où je pensais que rien ne pouvait venir perturber notre amour tranquille. La lettre d'Eduard est venue gâcher mon existence. Tout allait bien. Je me portais mieux avec le Major Wagner loin de mon pays.
Ma gorge se serre, assis sur un bosquet, je regarde le lac étincelant sous les rayons de soleil. Je me rappellerai toujours de cet endroit, Rafe m'y avait amené après une réunion foireuse avec les autres officiers. Nous nous étions embrassés contre le tronc d'arbre à ma droite, j'étais à l'époque loin de m'imaginer que les choses tourneraient ainsi. Cette histoire n'était pas prévue. Je ne veux pas la voir se finir... Penser à cette séparation me fait un mal de chien, mon corps me fait mal, comme s'il le réclamait. Lui. Le seul qui a su voir le vrai moi.
" Sais-tu seulement qui tu es ? " m'avait-il demandé, alors que j'étais sûr que lui-même ne saurait pas répondre à sa propre problématique. Aujourd'hui, les larmes aux yeux, je ne sais plus qui je suis. Je ne sais plus si je suis Alexei, si je suis Klaus. Ce que je sais, c'est que je n'ai jamais aimé quelqu'un aussi fort que Rafe. Je l'aime au point que je le laisserai me tuer s'il peut se sentir mieux. Je soupire en tremblant, un nouveau sanglot s'échappe de ma gorge.
Les images s'accumulent dans ma tête, son regard blessé, sa tentative désespérée de ne pas pleurer face à moi, la déception déformant son visage, sa voix froide...
" Je te hais " m'a-t-il dit. Je me déteste aussi, voilà ce que j'aimerais lui répondre.
Je me déteste car je sais qu'il ne me pardonnera jamais. Je me déteste car j'ai failli à ma mission. Je me déteste car je l'aime, car il m'aime et que cet amour nous conduira à la mort. Je me déteste car je ne lui ai pas dit la vérité. Je me déteste car il pense que je l'ai utilisé. Je me déteste car après avoir détruit sa vie, je ne peux rien faire pour la reconstruire. Je me déteste car je savais que j'étais la seule personne qu'il lui restait, et je l'ai quand même laissé. Je me déteste car son cœur se brise en morceaux et c'est ma faute. Je l'ai brisé.
Deux jours, bientôt trois que notre fin a sonné et que la porte s'est doucement refermée derrière lui.
Je décide de quitter ce lieu qui me torture un sourire aux lèvres. Je me moque pas mal de mes yeux rougis qui attirent les regards. Depuis, j'ai l'impression que chaque respiration est un miracle, chaque œillade a l'air de voir que je suis russe. Que je suis Alexei Morozov et non Klaus Hoffmann. L'uniforme SS me donne désormais de l'urticaire, elle me brûle, me rappelle continuellement que je suis là pour détruire tous ceux que j'ai considéré comme mes amis pendant des années.
Je vais au cimetière, profitant de l'heure de pointe dans les bars, je ne croiserai sans doute personne. Je marche au milieu des tombes, j'en viens à me dire que je mérite ma place entre quatre planches pour tous mes mensonges. Sauf que je ne mourrai pas. Pas avant de m'expliquer avec lui.
J'arrive devant sa tombe. Günther Weber, né en 1912 à Munich, mort pour la patrie en 1944, à 32 ans. Soldat dévoué, loyal ami, fils et époux bien-aimé. Mon cœur se brise encore un peu plus.
Il ne saura jamais véritablement que je suis un espion moscovite envoyé récolter des informations sur les SS et leurs activités. Je regarde partout autour de moi, m'assurant qu'il n'y ait personne avant de commencer, la gorge serrée.
« Ça fait un long moment que je ne suis pas venu te voir... à vrai dire, c'est la première fois que je viens te voir tout seul, et tu serais très déçu du motif de ma visite. Tu ne me parlerais plus. Tu m'aurais peut-être même collé une balle entre les deux yeux... »
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Le Sociopathe
Ficțiune istoricăC'est en 1938 que tout commence, dans une Allemagne nazie déchirée par la haine et glorifiée par une puissance idéologique. Dans ce chaos des esprits se montre Klaus Hoffmann, jeune soldat SS, trop jeune pour se montrer et normalement trop jeune pou...
