Chapitre 10

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Une semaine s'est écoulée depuis ma violente altercation dans la ruelle avec le Capitaine. Depuis, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour l'éviter, ne pas avoir de réunion avec lui, partir en expédition dans les rues de Berlin avec Günther, tous les prétextes sont bons pour ne pas avoir à faire avec lui... Sa présence remue quelque chose en moi que je ne peux supporter. Je sais que je vais m'y habituer, mais avant de lui hurler les quatre vérités au visage quant à ses rapports à autrui, je préfère m'éloigner au risque d'abuser de ma position.

J'ai également réussi à revoir Katerina, dans le bar où mon ami et moi nous étions rendus. Elle était vêtue d'une longue robe rouge, mettant en valeur sa poitrine laiteuse et voluptueuse, assortie à ses lèvres sanguinaire et adoucie par sa chevelure d'ivoire. Je ne pensais pas la croiser si tôt, ma gêne était palpable mais au bout de quelques shots partagés avec des questions existentielles, j'ai pu lui faire la conversation comme un homme attiré. Je l'ai complimenté, sur sa façon d'être et de faire, sans paraître excessif, comme Günther m'a montré. J'ai vu ses joues prendre une teinte rosée, mais je n'en ai tiré aucune satisfaction. Nous nous sommes revus une deuxième fois, au même lieu mais un peu plus tôt. Nous avons discuté, encore et toujours, cette fois-ci en jouant aux fléchettes. Je ne sais pas quoi tirer de ces deux rendez-vous improvisés, mais mon ignorance sur le domaine amoureux semble jouer en ma faveur. Je relis le mot qu'elle m'a laissé il y a deux jours.

" Rejoins-moi dans les jardins du château de Charlottenburg à 18h – Kat' "

En montrant cette phrase à mon ami, il a ri à gorge déployée, se moquant de mon idiotie, me conseillant de profiter de la situation pour tirer un coup. Néanmoins, bien qu'elle soit jolie, aucune femme ne devrait être prise pour son corps. Günther se frotte les yeux, à mes côtés sur le canapé, j'ai l'impression de faire face à un vieux cousin lourdaud mais sympathique. C'est un des seuls avec qui j'ai une véritable affinité, les autres de la division, nous entretenons de brefs rapports de politesse ordonnés par Wagner.

« Tu sais, il est déjà 15 heures mon gars.

– Il faut que je me prépare, je lui réponds.

– T'es en uniforme, ça suffit. Tu sais qu'on n'a pas le droit à des habits civils. »

Je hoche la tête, essayant de me remémorer la dernière fois que j'ai pu déambuler en large tee-shirt et pantalon de coton. Cela remonte à loin. Je tourne la tête vers la fenêtre à côté de nous, arrangeant mes cheveux d'un revers de main, je fuis à la salle de bain pour me parfumer et me laver les dents. Bien que je ne compte pas aller jusqu'au contact de nos lèvres, par principe, je me dois d'être présentable. Je retourne vers Günther, somnolant à moitié. Je le réveille à coups de coussins.

« On doit sortir, faire des rondes.

– Oh Scheisse... On peut pas se reposer tranquille ?

– Faut croire que non, en route ! »

Il enfile son manteau, mais avant que nous puissions prendre l'air, une voix trop familière retentit dans mon dos.

« Où allez-vous ?

– Faire une ronde à Mitte, Capitaine, répond mon ami.

– Hoffmann, tu m'écriras un rapport. »

Je ne me contente que d'un bref hochement de tête, sentant déjà des fourmillements au creux de mon estomac. Par pure politesse, nous le saluons avant de nous engouffrer dans le paysage automnal berlinois. On marche silencieusement, guettant d'un œil aiguisé le moindre faux pas de chacun des habitants. L'absence de discussions me fait un bien terrible. Je laisse mes pensées dériver, allant à me demander ce que fait ma mère au sinistre sort des parents Schröder enfermés dans des sous-sols, à la merci des tortionnaires dans le genre à Wagner.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant