Chapitre 6 Klaus

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13 septembre 1938.

10 jours ont passé depuis que j'associe sans le vouloir le visage de Wagner à celui troué de la juive qui n'a pas eu le temps de comprendre. Schröder est toujours retenu pris au piège au sous-sol de la base, une sordide pièce aux murs isolés, résistants aux bombardements, et j'en passe... Autant dire, l'environnement idéal pour que mon supérieur puisse faire mu-muse avec son nouveau jouet.

La plupart de la division a l'air désintéressé de l'incident à l'entreprise familiale, les conversations étant tournées vers l'ambition du Führer pour rattacher les Sudètes au Reich. Moi, je n'arrive pas à me détacher de ce cadavre au point que la politique passe après. Je ne suis plus qu'un cadavre moi aussi, perdu au milieu des discussions allègres sur notre gloire, je ne participe pas, fixant le Sociopathe aussi pensif que ce que je le suis.

« Klaus, me secoue Günther, réveille-toi !

- Excuse-moi, j'ai passé une mauvaise nuit.

- Qui est l'heureuse élue ? Demande l'un.

- Notre petit Klaus s'est trouvée une nana ? Continue un autre.

- Je suis sûr que c'est que pour un soir, renchérit je ne sais qui.

- Non bordel, souri-je, exaspéré. Des insomnies. Maintenant excusez-moi, je sors devant. »

J'ai dû parler un peu trop fort, les yeux de Wagner se pose sur moi et m'épie sans aucune retenue jusqu'à ce que je disparaisse à l'extérieur. Ce genre de repas où nous nous retrouvons tous dans une ambiance familiale peut facilement m'irriter, surtout dans ce genre de situations. On veut que nous soyons tous dépendants des autres, que nous soyons tous reliés sous un seul but commun : protéger le Reich jusqu'à notre mort. Parfois, les repas que je passais seul face à ma mère me manque, je me sentais véritablement écouté, pas forcément compris, mais j'étais écouté avec attention.

« Qu'est-ce que tu fais dehors ? »

La voix de l'assassin me tire de ma nostalgie. Je lui jette un coup d'œil, écœuré par sa manière d'être bien habillé, bien coiffé, avec un teint pâle mais frais, propre comme un sou neuf alors que ses mains sont imbibées de sang jusqu'à l'os. Sa grande stature me surplombe de dix centimètres, projetant une ombre sur ma silhouette m'engloutissant tout entier. Il m'observe avec une attention particulière, s'il n'avait pas le coup de revolver facile, j'aurais presque pu penser qu'il s'inquiétait de me voir distant. Je ne lui réponds pas, luttant avec l'envie de lui hurler dessus jusqu'à ne plus avoir de voix.

« Je souhaitais prendre l'air. »

Silence.

Dix secondes avant qu'il ne réponde.

« Arrête de me mentir, tu n'en as pas le droit. »

Une fraction de seconde.

« Qu'allez-vous faire ? Me loger une balle dans le crâne ?

- Oh Hoffmann... me nargue-t-il, ce n'est pas l'envie qui me manque mais je ne peux pas.

- Alors ne vous privez pas pour moi, retournez avec les autres officiers. »

Sa mâchoire se crispe et ses yeux deviennent plus obscurs que des trous noirs sans fin, signe que j'ai réussi à le vexer. Qu'il soit vexé, cela m'est franchement égal. Je suis son bras-droit après tout, il ne peut pas me tuer, il doit écouter mes suggestions et me respecter un minimum. Il toussote avant de partir, sans rien dire, dans un silence de mort, sans savoir comment gérer la situation, il est parti.

Quel genre d'homme je serais si j'étais gentiment soumis à sa merci ? Je ne serais pas un homme, juste un pantin effrayé par l'autorité. Je ne suis pas ça, je suis certes soldat dans la SS. Mais j'ai des principes, des principes qui m'appartiennent à moi Klaus Hoffmann, personne ne pourra m'enlever ça.

Le SociopatheOù les histoires vivent. Découvrez maintenant