¤ Summer air de ItaloBrothers ¤
La tension était palpable à tel point que j'avais l'impression qu'elle me chatouillait la peau, se frayait un chemin sous mon épiderme pour finir en poids dans mon estomac. J'avais l'horrible impression que le moindre pas vers l'entrée du lycée me faisait trembler de tous mes membres au point que je ne sois plus qu'un amas de chairs incapable de bouger sans une stimulation. Et cette stimulation, elle se tenait à mes côtés sous la forme d'un corps musclé, dessiné dans du marbre et recouverte d'encre noir. Le visage fermé, les sourcils froncés, le poing serré contre son corps, l'autre enserrant bien trop fortement la mienne, il était bien trop tendu pour que cela ne passe pas inaperçu. Et bien que j'aurais pu l'aider à gérer, je faisais l'égoïste : je ne voulais pas être le seul dans cet état de stresse ingérable, je ne voulais pas me retrouver les membres tremblants d'appréhension, seul. J'avais besoin de lui tout autant que lui de moi mais aucun de nous deux ne savait comment encourager l'autre. Nous étions dans une impasse et nous n'avions que la présence de l'autre pour s'encourager à avancer vers cet enfer des jugements.
- Je le sens pas, chuchota Zea.
Je ne dis rien. A quoi bon, moi non plus, je ne le sentais pas. Alors au lieu de paroles inutiles, je me contentai de serrer sa main déjà entrelacée à la mienne, petit signe d'encouragement à affronter les jugements des uns et des autres. Prenant une grande inspiration, nous avançâmes droit vers cet enfer des rumeurs et jugements, le sourire aux lèvres pour moi, m'essayant à une fausse désinvolture tandis que Zea gardait sa mine fermée. Cette fois-ci, le sourire amusé qui déforma mes traits était vrai. Au moins, Hulk n'avait pas besoin de jouer la comédie, arborant constamment la même mine distante.
Déjà, alors que nous n'avions toujours pas passer le pas de l'entrée de cette cour emplie d'ados à la recherche du moindre ragot à raconter, tous les regard étaient dirigés vers nous. Disons plutôt sur nos mains entrelacées. Génial, sans même entrer on se faisait déjà remarquer, me plaignis-je. Sa main déjà bien enserrée autour de la mienne se resserra de frustration. Lui aussi avait dû remarquer les regards insistants sur nous et apparemment, il se retenait pour leur hurler des insultes biens senties. Moi aussi d'ailleurs je me retenais à grande peine. Prenant de grandes goulées d'air frais pour me calmer – et tenter d'oublier la boule de nervosité grandissante dans mon estomac, nous rejoignîmes nos amis bavardant tranquillement dans notre coin habituel. Sur le chemin, nous eûmes droit à pas mal de remarques en plus des salutations habituelles. L'une chaleureuse pour nous féliciter d'enfin nous montrer, l'autre sèche et blessante, usant de propos homophobes pour nous rabaisser plus bas que terre. Belle utopie cela dit, je n'étais pas du genre à prêter grande attention à ce genre de remarques juste bonnes à blesser.
Blake, arrivé avant nous, bavardait déjà avec Ophélie et Trevor et d'après le grand sourire qu'il affichait, il devait déjà parler de notre couple tout juste sorti du placard. Délaissant avec plaisir la main de mon petit copain pour les rejoindre, je fis la bise à Ophélie qui m'offrit un grand sourire engageant. Bien sûr, mon sourire de façade ne la dupait pas. Elle me connaissait trop pour savoir à quel point j'étais angoissé et nerveux. Engageant la conversation avec les gars, je remarquais Ophélie poser une main se voulant rassurante sur le bras de Zea en lui donnant un sourire encourageant. Détournant le regard des ados occupés à nous fixer avec interrogation, il finit par baisser son regard vers la frêle silhouette de notre amie et grimaça. En réponse, elle afficha un petit sourire désolé qui eut le mérite de me soulager un petit peu de mon stress. Et d'après l'affaissement, certes léger mais présent, des épaules de Terminator, lui aussi ce simple sourire désolé l'aidait à soulager sa nervosité quant à la suite. Nous en aurions besoin.
- Alors, vous avez commencé le plan ? Ça marche ?
Trevor, à l'affût du moindre détail croustillant nous interrogeait Zea et moi quant au déroulement de notre fausse relation. Relatant notre difficulté à mettre le tout en place puis l'annonce que nous avions fait à nos colocataires, je me plaçais d'instinct aux côtés de mon meilleur ami. Ça avait été une habitude et pourtant, elle ne passa pas inaperçue aux yeux des curieux qui nous fixaient comme des charognards loucheraient sur un bout de viande. Les sourires amusés que je perçus dans la foule me fit serrer les poings et je devinais que Zea était tout autant à cran que moi. Si ce n'était plus. Serrant et desserrant mes poings pour me calmer, je finis par me calmer lentement en me concentrant du mieux que je pouvais sur la conversation avec mes amis. Je ne devais pas prêter attention aux regards que l'on nous portait. Juste faire abstraction. Facile à dire quand tu sentais tous les yeux du bahut dirigés droit sur ta nuque.
- Les gars, il va falloir effectuer un petit rapprochement, marmonna notre ami timide.
- Rêve, gronda mon copain.
- La clique de superficielle vous regarde les mecs, appuya Ophélie. Et d'après les froncements de sourcils, elles n'ont pas l'air convaincues.
Ces putes. Menant la vie dure à tous ceux qui osaient les défier, ces filles-là étaient ce qu'il y avait de pire sur Terre. Piétinant ta fierté, tes réussites, ta réputation ou tes amitiés, elles étaient les filles les plus redoutées du lycée. Personnellement, elles ne me faisaient ni chaud ni froid. Non, ce qui me fit me rapprocher subtilement de mon meilleur ami pour passer un bras autour de ses hanches fut le fait qu'à elles seules, elles pouvaient ruiner notre mise en scène d'un claquement de doigt. Reines du chantage et des ragots, détruire une réputation ou un couple était l'un de leur passe-temps favori. Et je n'avais aucune envie qu'elles détruisent notre début de plan qui, pour le moment, bien que cela me dérangeait grandement, marchait à merveille. Alors m'appuyant sur la silhouette musclée de mon meilleur ami, je frottais doucement ma tête contre son épaule comme un chaton. Ça m'écœurait pas mal mais si cela était nécessaire au bon fonctionnement du plan, autant y mettre les grands moyens. Je sentais Zea sur le point d'exploser, la tension présente dans tout son corps me le prouvant bien assez. Alors même si à moi aussi, ça me dégoûtait pas mal, j'entrepris de continuer la mise en scène :
- Je t'en prie, Zea, détends toi. Tu vas nous faire griller en à peine une journée.
- T'es un malin, toi, gronda-t-il.
- Tu crois pas qu'à moi aussi, ça me dérange ? Alors maintenant, je veux que tu arrêtes de te tendre à chaque fois que je te touche. On doit le faire. Deux mois et c'est fini, Hulk.
Il souffla fortement pour bien me montrer son mécontentement. Je souris, amusé de son comportement de gamin et le sentis se détendre légèrement. Il était toujours aussi tendu et je crois que ça ne changera jamais mais c'était mieux et bien plus réussi. Puis, je le sentis prendre une grande inspiration et sous les yeux effarés de nos amis, il passa lentement et délicatement un bras autour de mon cou. J'avais l'horrible impression que ce geste voulait dire « pas touche, terrain privé ». Et ça me dégoûtait pas mal. Mais je ne fis rien pour enlever son bras et m'appuyais même un peu plus contre lui, à mon plus grand déplaisir. J'eus même la désagréable surprise de sentir ses lèvres effleurer mon front en un baiser que je qualifierais de... tendre ? Putain de bordel de merde, dans quoi nous étions-nous embarqués ?
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Powerless
RomanceL'amour, vous devez connaître. Vous savez, ce sentiment libérateur qui nous prend au ventre, ce sentiment qui nous fait ressentir ces papillons ? Ces frissons qui nous dévalent l'échine, parcourent notre peau, bouffent nos pensées jusqu'à ce qu'il n...
