¤ Shawn Mendes - In My Blood ¤
L'appartement avait été dans un très mauvais état. J'en aurais pleuré si je n'y avais pas participé. Mais nous en avions rigolé avant de nous armer de serpillières et d'éponges pour nettoyer ce mélange visqueux d'œuf et de farine.
Finalement, tout le monde était retourné à ses activités. Je n'avais même pas fait attention à qui faisait quoi, mes doigts me démangeant. L'envie de faire racler le bout de mes doigts contre les cordes devenait très présent et je n'avais pas pu résister avant de me jeter dans notre chambre, à la recherche de ma guitare. Je m'étais simplement adossé contre le mur, avais calé ma guitare contre moi et sans réellement réfléchir, avait entamé une chanson.
Je soupirai, heureux de retrouver cette bulle dans laquelle je plongeai tête baissée pour échapper à la réalité. Accompagnant ma guitare, ma voix s'éleva très vite, suivant le rythme lent de la chanson.
Je m'enfermai dans cette bulle, cherchant désespérément à échapper à la réalité qui m'enserrait le cœur. J'étais terrifié. Trop peureux d'affronter mon meilleur ami, ayant trop peur de le perdre. Ou le peu qui en restait. J'étais terrifié de perdre ses souvenirs que je chérissais comme un cadeau au pied du sapin le jour de Noël, terrifié de perdre ces moments de joie partagés, lui bougonnant parce que je me moquai gentiment de lui. J'avais tellement peur de perdre notre complicité que le moindre regard me figeait, attendant le moment fatidique où Zea finirait par me tourner le dos.
J'avais l'impression de m'enfoncer dans un labyrinthe de roses, m'enfonçant toujours un peu plus entre mes peurs, griffant ma chair et mes pensées. J'avançais toujours un peu plus entre les couloirs d'épines, préférant me griffer jusqu'à la moelle plutôt que d'affronter son regard noir à m'en glacer le sang, plutôt que d'affronter sa peine. Je préférais ce labyrinthe épineux à une mer déchaînée sous une pluie battante avec pour seule aide, une bouée gonfler à bloc et plus solide que du béton. J'étais une poule mouillée incapable de faire face à mon meilleur ami qui semblait dans le même état léthargique que moi. Tout autant que moi, il préférait la douleur des épines à celle glaciale de cette mer déchaînée. Et je le comprenais parfaitement.
Ma chanson venait de se terminer. Ma voix s'éteignit doucement, suivit bientôt par les notes s'envolant dans la chambre, s'éteignant à la suite de mes espoirs. Pourtant, quand je relevais la tête, quelle fut ma surprise de voir Terminator appuyé contre la porte de notre chambre. Les bras croisés contre son torse, ses tatouages ressortaient et attiraient l'œil. Ses yeux ne reflétaient rien d'autre qu'une lueur d'admiration qui semblait m'être destinée. J'en fus presque à écarquiller les yeux en le voyant s'avancer nonchalamment vers moi pour finalement s'asseoir à mes pieds, par terre. M'adressant un minuscule sourire – plus proche d'un rictus en fait, il m'incita d'un signe de tête à reprendre une chanson. Je ne me fis pas prier, heureux de partager un moment avec lui sans qu'il n'y ait aucun malentendu entre nous. Tout du moins, même si nous les sentions peser nous préférions faire comme s'ils n'existaient pas.
Tout de suite, les notes s'envolèrent dans les airs et je fus pris dans ma chanson à tel point que je ne remarquai pas Zea se lever et poser sa tête sur mes cuisses, les yeux fermés pour m'écouter. A vrai dire, je ne m'attendais pas un rapprochement aussi... tactile, après tout ce que nous avions traversé et j'en loupai mes cordes. Ma voix dérailla et mes doigts dérapèrent, brisant la magie du moment. Mais il ne m'en tint pas compte, garda les yeux clos et attendit patiemment que je reprenne.
Déglutissant, je me dis que c'était peut-être le moment pour aborder le sujet. Inspirant un grand coup, les mains moites et les pensées en vrac, j'ouvris la bouche en grand sans qu'aucun son ne sorte. Je la refermai, la rouvris pour la clore une seconde fois. J'eus l'impression de devenir un poisson.
- On en parlera après, Lucas. Pour l'instant, ne te préoccupe pas de moi.
- Facile à dire quand t'as pas la tête de ton meilleur ami que tu viens d'embrasser sur les cuisses, marmonnai-je.
- Tu veux que je bouge ?
- Non !
Beaucoup trop virulent pour que ça ne passe pas inaperçu. Je fermai les yeux, me foutant deux claques mentalement. Oui, cette position me gênait aux vues des récents événements mais, plus que tout, le savoir prêt à passer à autre chose était un baume au cœur que je me refusais d'enlever. Retrouver notre complicité d'avant faisait trop de bien pour la supprimer.
Alors, ne faisant aucune remarque, il se réinstalla confortablement, les yeux toujours fermés et j'entamai une troisième chanson. Me laissant entraîner par les notes de musiques douces et mélodieuses, je me téléportai dans cette bulle que j'aimais tant, hermétique à tous mes problèmes. J'en avais terriblement besoin.
Quand enfin la chanson prit fin, je soupirai, fermai les yeux et profitai du silence ambiant. Ça faisait un bien fou après tout ce remue-ménage qui avait chamboulé toutes mes petites habitudes et je souris en pensant que je faisais très girly à réfléchir ainsi.
- Lucas ?
- Hmm ?
- Faudrait peut-être en parler maintenant, tu ne crois pas ?
Soupirant de déni, je finis par baisser la tête vers Zea, prêt à affronter sa peine et peut-être sa colère. Mais ce ne fut rien de tout ça. A la place je n'eus droit qu'à un calme olympien, un sérieux à tout épreuve et des yeux attentifs à ma réaction.
- Que veux-tu que je te dise ?
- J'ai aimé, me balança-t-il de but en blanc.
- Je crois que nos réactions durant le... truc voulait tout dire.
Pinçant les lèvres et fermant les yeux, sûrement pour refréner les images qui devaient défiler, il continua :
- Dis le moi.
- De ?
- Dis moi que tu as aimé le truc.
- Mais pourquoi ? m'écriai-je, les sourcils froncés.
- Je t'en prie. J'en ai besoin. Dis moi que tu as aimé et que tout n'est pas perdu.
Me massant les tempes en fermant les yeux, j'espérai vainement à échapper à la vue de mon meilleur ami. Il semblait peiné et avait réellement envie que je lui dise avoir kiffé ce moment. En fait, il n'en avait pas envie, il en avait besoin. Dans sa voix, la vulnérabilité que j'entendais me faisait froid dans le dos et je ne savais pas pas si c'était de peur ou si c'était parce que je semblais y retrouver la même que la mienne.
Mais malgré que je sois terrifié de le perdre, je l'étais encore plus de mes réactions. Et je préférais les épines à la mer...
- Non, Zea. Non, je n'ai pas aimé.
****
Me tapez pas s'il vous plaît.
J'ai eu autant mal au cœur que vous, sachez le
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Powerless
RomantikL'amour, vous devez connaître. Vous savez, ce sentiment libérateur qui nous prend au ventre, ce sentiment qui nous fait ressentir ces papillons ? Ces frissons qui nous dévalent l'échine, parcourent notre peau, bouffent nos pensées jusqu'à ce qu'il n...
