81 : Un meilleur ami pas comme les autres

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¤ Starley – Call on me ¤

Zea

Le reste de la journée se passa comme dans un rêve. Il m'emmena visiter tous les musées possibles et imaginables. Certains grimaceraient à cette planification pour le jour de leur anniversaire, moi, je passais la meilleure journée de ma vie.

J'avais eu peur pendant un instant que Lucas se dérobe de ma prise et maintienne une distance entre nous parce qu'il n'aurait, pour une raison ou pour une autre, pas envie de s'afficher avec un homme. J'aurais pu comprendre, je lui en demandais déjà beaucoup. Mais il me surprit de la plus belle des façons : toute la journée durant, j'eus droit à des effleurements discrets, son corps plaqué contre le mien dès que je m'arrêtais pour lire ou contempler une œuvre ou une représentation, sa main maintenant fermement la mienne, des baisers légers échangés à quelques intersections.

Il m'avait fait vivre un anniversaire parfait. Évidemment, mes doutes restaient là, enfouis au plus profond de mon âme, me faisant me questionner sur l'utilité de tout ça et sur où tout cela pouvait nous mener mais j'avais décidé d'y passer outre et de profiter des instants qu'il m'offrait.

Plusieurs fois, j'avais pu observer certains regards s'attarder sur notre silhouette : certains se montraient clairement hostiles face à notre bonheur avec lequel on les éclaboussait quand d'autres souriaient de plaisir en réponse aux nôtres. Eux me faisaient sourire un peu plus parce que je pouvais enfin espérer : espérer vivre comme bon il me semblait, espérer vivre un amour possible, espérer vivre des moments de partages avec celui que j'aime appeler mon chaton, espérer aimer sans être jugé.

A la fin de la journée, alors que nous regagnions la voiture pour rentrer à la coloc, je n'arrivais pas à décoller le sourire d'imbécile heureux qui se peignait sur mon visage. Regardant le corps athlétique et fier de celui que j'espérais pouvoir bientôt appeler petit ami, je ne me décrochais de sa vision que parce que j'avais besoin de voir où je mettais les pieds. Sinon, sans m'en lasser, je le dévisageai comme si je le découvrais pour la première fois. Son nez long et un peu de travers à cause d'un trop plein de bagarres, ses yeux travaillés de fils d'or, ses pommettes hautes, sa mâchoire carrée et comme travaillée à la serpe, les muscles de ses épaules qui roulaient sous son tee-shirt à chaque mouvement... Il était mon Apollon descendu sur Terre pour me faire languir face à sa plastique épurée et je me laissais faire avec langueur.

- Qu'est-ce que tu regardes comme ça ?

M'installant sur le siège passager, je m'attachai machinalement, toujours sans le lâcher des yeux. Je voulais m'abreuver de sa vision, me nourrir de lui jusqu'à m'endormir dans ses bras.

- Toi.

Il sourit et me regarda à son tour en affichant un sourire amusé qui illumina ses traits.

- Arrête de me regarder comme ça, on dirait un imbécile.

- Rien à foutre.

Il rit, amusé par mes expressions. Il démarra et je me délectai de son profil qui se dessinait avec la lumière qui jaillissait de la fenêtre.

Si ce ne fut pas suffisant, mon coeur explosa dans ma cage thoracique quand, dans un geste anodin, il lâcha le volant avec décontraction et, après avoir passée une vitesse, déposa sa grande main sur ma cuisse. Comme si je lui appartenais et qu'il voulait le dévoiler au monde entier.

Je ne me retins pas : je profitai de sa décontraction et attrapai directement ses doigts entre les miens pour les englober dans ma plus large main.

- Cette journée t'a plu ?

A court de mots, j'acquiesçai avec force alors qu'il riait à nouveau en me voyant faire.

- Doucement, Hulk, tu vas te casser quelque chose.

Affrontant un virage sec, il dégagea sa main pour manier le volant et je me repaissais de la vision qu'il m'offrit avant qu'il ne reposa sa main sur ma cuisse. Heureux, extatique, je m'alanguissais dans mon siège, mon sourire ne voulant pas quitter mon visage. J'étais incapable de faire autre chose : sa silhouette appelait mon regard, son parfum m'enivrait assez pour me faire perdre la tête.

A cette pensée, je fronçai les sourcils.

- Comment est-ce que tu vas ?

- Comment ça ?

- L'alcool.

Sa main se crispa sous la mienne, ses traits la suivirent et je gardai mon regard rivé sur son visage non plus pour me repaître de la gravure qu'il était mais pour être sûr de ne louper aucune miette d'émotion qu'il ne réussirait pas à retenir.

- Ne t'en préoccupe pas, d'accord ? C'est ton jour, laisse-moi affronter mes démons seul pour aujourd'hui.

Je grognai. Je ne voulais pas qu'il affronte son addiction seul dans son coin. Je voulais qu'il partage ses difficultés avec moi, le voir s'épanouir, affronter ses soucis avec lui pour l'aider au mieux.

- Je vais bien, d'accord ?

Je grognai à nouveau, pas convaincu mais que pouvais-je y faire ? Comme il le disait, ça ne se faisait pas sur une seule journée, mon soutient, il en aurait besoin sur la durée. Je jetais à nouveau un coup d'œil à sa silhouette soulignée par le soleil qui se couchait derrière les bâtiments. Pour une fois, il faisait beau et les rayons du soleil accompagnaient les traits droits et fiers de mon Chaton, les magnifiant avec toujours plus de beauté.

- Tu n'arrêteras donc jamais ?, se moqua-t-il.

- Non, grommelai-je, obnubilé par son éclat.

Et si la vision de cette plastique de rêve ne m'aurait pas charmé, son sourire resplendissant suffit à me faire emprisonner dans ses filets. J'étais fait et heureux de l'être.

Il me jeta à son tour un rapide coup d'œil avant de le reporter sur la route, attentif à la circulation. Ça ne l'empêcha pas d'attraper ma main arrimer à la sienne et de l'apporter lentement à sa bouche avant qu'il n'embrasse avec délicatesse mes phalanges. Comme si de rien était, il la reposa sur sa cuisse.

Pour ma part, je restai complètement ahuri par le détachement dont il faisait preuve. Je savais très bien que lui et l'engagement, ça ne faisait pas bon ménage. Je n'ai jamais réellement compris pourquoi mais il avait toujours rejeté les relations sérieuses qui impliquaient un semblant de sentiments. Il n'avait jamais voulu s'engager plus loin que pour une relation d'un soir. Ça en devenait maladif et je ne l'avais jamais vu avoir le moindre geste un tant soit peu romantique envers qui que ce soit. Alors évidemment, à le voir si attentionné, tactile, léger et naturel dans ses gestes, je me laissais fondre avec ravissement entre ses doigts. Il était plein de surprises et j'avais l'impression de redécouvrir mon meilleur ami.

Parce que oui, si maintenant j'étais amoureux de lui, il restait toujours mon meilleur ami, le garçon qui avait partagé ma vie, mes fou rires, mes premières fois.

PowerlessOù les histoires vivent. Découvrez maintenant