¤ DallasK - Self Control ¤
Le souffle cour, les membres tremblants et le cerveau encore endormi par les endorphines, j'étais encore hors de danger. Pour autant, je savais pertinemment que d'ici quelques minutes – ou heures si je suis chanceux – je perdrais cette pause que m'offrait le sport.
Assis sur le canapé d'Ophélie, dans son salon, je cherchai vainement à m'extraire de son interrogatoire que je savais bientôt arrivé.
- J'ai une bière en plus d'une tasse de chocolat chaud et je suis complètement crevée. La situation parfaite pour une petite conversation, tu ne penses pas ?
- Bon ! Je vais y aller. Merci de m'avoir...
- Doucement, Lucas. Tu ne vas nul part. Assis toi sinon je te jure que tu vas le regretter.
Debout et dos à elle, j'étouffai un juron. Je savais très bien que j'allais le regretter si je ne lui racontais rien. La dernière fois que je m'étais essayé à passer outre son ordre, j'avais retrouvé ma chambre sans dessus-dessous. Avec, en prime, une bonne dose de crème chantilly arrosée sur mes draps. Ouais, je l'avais regretté. Et puis, c'était un simple retour des choses, je supposais.
- Très bien, marmonnai-je.
Souriant de toutes ses dents – un peu tordues mais tellement adorables – elle savait qu'elle avait gagné.
- Tu sais hier... à la soirée ?
Acquiesçant vivement, elle me donna ma bière, encore fraîche. L'empoignant vivement, je m'y accrochai comme si ma vie en dépendait. J'avais l'impression de perdre le contrôle et de me noyer sous mes souvenirs qui défilaient sous mes yeux. La séance de sport ne m'avait finalement pas énormément aidé mais m'avait tellement épuisé que piquer une crise semblait inconcevable. Bon point pour son salon que je risquerai de vite détruire dans le cas contraire.
- Il se trouve que Zea et moi on s'est rapprochés.
- C'est bien non ? Je veux dire, ça a été assez dur pour vous de subir ce poids et tout ce qu'il y a derrière au lycée.
- Ouais... Enfin... Oui ! Mais on s'est trop rapprochés, essayai-je d'expliquer, insistant sur le " trop ".
Fronçant les sourcils, elle m'incita à poursuivre en me dévisageant de ses yeux gris métalliques. Elle avait toujours eu un certain don pour déchiffrer nos pensées. Elle avait même dans l'optique de devenir psychologue.
Buvant une gorgée de ma bière, je tentai de me raccrocher à n'importe quoi pour me maintenir à flot. Jusqu'à faire blanchir mes jointures autour de ma bouteille. Mes souvenirs ne faisaient que défiler toujours plus vite derrière mes paupières sans que je ne puisse rien faire. Et j'en étais à me tirer les cheveux.
- Il se trouve que... Enfin... On a...
Enserrant ma bière de mes deux mains, je fus surpris de ne pas la voir explosée. Ma mâchoire était elle aussi a deux doigts de finir en bouillie tellement elle était contractée par les pensées qui se bousculaient dans mon cerveau. Et n'en parlons pas de mes cheveux dans lesquels je passais beaucoup trop mes mains. Je me demandais même si ses foutues mains ne tremblaient pas.
- Merde !, jurai-je en remarquant, qu'effectivement, elles étaient tremblantes.
Passant encore une fois mes doigts entre mes mèches de cheveux hirsutes, je serrai toujours un peu plus ma bière. Hésitant et, surtout, pour garder contenance, j'amenai lentement ma bière à ma bouche, essayant de contrôler ces putains de tremblements.
- Lucas, calme-toi.
- J'aimerais t'y voir toi !, lui hurlai-je, à bout de nerfs.
Me relevant brusquement, ma bière sembla m'échapper des mains pour s'écraser violemment contre le mur en face de moi. Mes mains fourrageant dans mes cheveux bruns, je cherchais à garder pieds face à cette réalité qui semblait vouloir me fracasser le crâne. Les souvenirs de ses mains, de ses baisers, de ses caresses, de toute cette scène se rejouait sans cesse dans ma tête et je ne pus m'empêcher de penser que le reste de ma bière éclatée au sol était l'image exacte de mon esprit en ce moment : brisé, perdu, mis à sac et plus bas que terre.
Soufflant un bon coup, agrippant ma nuque de mes deux mains, je me tournai vers Ophélie qui, toujours aussi calme, m'observait de son regard métallique et incroyablement envoûtant.
- Je suis désolé. Je me suis un petit peu emporté...
- C'est le moins qu'on puisse dire, sourit-elle doucement.
Elle se leva doucement, posa sa tasse et s'approcha lentement de moi comme si j'avais été un animal sauvage prêt à mordre quiconque qui oserait l'approcher. A vrai dire, j'étais prêt à mordre. Mais j'avais plus envie de me mordre moi pour avoir ses souvenirs qui tournaient en boucle dans mon esprit torturé.
Prenant mes mains entre les siennes, elle m'offrit un sourire réconfortant avant de pencher la tête sur le côté, à l'écoute.
- Respire un bon coup, ferme les yeux et prends ton temps.
Je fis ce qu'elle dit mais rouvris immédiatement les yeux. Très mauvaise idée de les fermer. Inspirant un bon coup avant de les lever sur le plafond d'un blanc immaculé, j'articulai difficilement ce qui restait entravé dans ma gorge et ce que je n'osais même pas me dire à moi-même.
- J'ai embrassé mon meilleur ami. Putain ! Je l'ai embrassé et j'ai carrément kiffé !
VOUS LISEZ
Powerless
RomanceL'amour, vous devez connaître. Vous savez, ce sentiment libérateur qui nous prend au ventre, ce sentiment qui nous fait ressentir ces papillons ? Ces frissons qui nous dévalent l'échine, parcourent notre peau, bouffent nos pensées jusqu'à ce qu'il n...
