Mathieu – 3
Dorian accroché à mon bras, je descends de ma limousine. Je lui avais fait livrer un smoking qui lui va à ravir. Il ne porte pas de cravate, je l'en ai dispensé. Sa chemise blanche met en valeur son visage, c'est parfait ainsi. Il n'a jamais été ainsi invité à ce type d'événement, je le vois dans ses yeux. Mais quand je lui souris, l'inquiétude s'estompe. Il peut me faire confiance.
Comme d'habitude, ce genre de soirée est longue. Ma réputation me précédant, tout le monde se presse pour venir me serrer la main, voire me glaner quelques informations. Comme si j'allais le faire gratuitement. Quelle bande d'indigents. Ils me dégoûtent. D'autant plus quand certains oublient de saluer Dorian. Mon absence de réponses pour ces impolis suffit à leur faire comprendre leur faute.
A mon tour de monter sur scène, pour y faire une courte intervention sur la place du numérique dans la finance de demain. Quelques mots rapides pour leur faire comprendre qu'ils sont tous en retard. Mais au moment de quitter Dorian, son bras me retient. Il ne dit rien, mais le jeune homme de l'autre nuit, confiant, a disparu. Il ne veut pas rester seul. Je saisis ses joues et son cou avec mes deux mains, et mes lèvres viennent délicatement se poser sur les siennes. Un vrai baiser, romantique, rassurant. Un petit sourire s'affiche : je peux partir.
Tout le monde se tait lorsque j'arrive devant le micro. Et je commence à parler. A utiliser des mots de plus en plus complexes. Il faut qu'ils sachent qu'aucun d'entre eux n'a pris le tournant. Ils sont complètement dépassés, et personne n'a encore osé leur dire. Voici une occasion rêvée de remettre à leur place ces apprentis sorciers de la finance. Qui s'engraissent sur le dos du malheur des autres. Pathétiques.
Au moment de terminer, je néglige mon charisme et frappe le pupitre de mon poing, avant de laisser ma main terminer sa course à l'autre extrémité de mon corps, simplement pour appuyer ma phrase finale. Les serveuses comme les serveurs, qui écoutaient aussi ce que je disais, en lâchent la précieuse vaisselle, les flûtes, les couverts. Le fracas provoque une inquiétude dans l'assistance, voire un début de cohue. Indigents, pathétiques et sans colonne vertébrale.
En revanche, j'ai perdu de vue Dorian. Il était là, en bas, à m'attendre. Il n'y est plus. Le mouvement de foule a du le bousculer. Il est peut-être en train de se réfugier dans les toilettes, ou dehors ? Il était fébrile quand je l'ai quitté. Je croyais qu'il était prêt à sortir du milieu et qu'il serait à l'aise en-dehors. J'ai peut-être surestimé ses capacités après tout. Je lui en parlerai.
Personne dans les toilettes. Rien dans le reste de la salle. Je commence à m'impatienter, alors je téléphone à mon chauffeur pour lui demander s'ils sont ensemble. Rien non plus. Reste donc le portable de Dorian. Je rejoins la limousine et l'appelle avec le téléphone intégré. Je ne veux pas qu'il ait mon numéro, par sécurité. Pour lui.
Le téléphone sonne, assez fortement d'ailleurs. Mon chauffeur me dit que le son provient de l'arrière de la salle. Il a raison. Je raccroche et m'y rends. J'entends des rires. J'entends des cons rire. J'entends des coups. J'entends mon pouls. J'entends déjà le son de leur crâne se brisant contre le sol.
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Suprême Mathieu - S.M. (B&B)
Roman d'amourCarnet de Bord d'un Alpha. Après quelques années dans la finance de marché, Mathieu a amassé assez d'argent pour plusieurs vies. Il profite donc de ses loisirs, tout en conseillant de temps à autres les puissants. Qui oublient trop souvent que le se...
