Suprême – xxxix
Les quelques fracas dehors nous font comprendre qu'il est minuit passé. Nous entamons le dessert chocolaté qu'il a prévu. Nous écoutons attentivement la musique après plus de deux heures de discussions ininterrompues et, pendant que seuls les coups de cuillère sur les assiettes se font entendre, je me penche pour récupérer le paquet.
Stéphane est légèrement allongé, la tête proche de mon épaule. Mon mouvement l'a obligé à se redresser et, quand je lui tends le cadeau, ses yeux commencent à briller :
« Je n'ai rien prévu, Mathieu, pourquoi as-tu fait ça ?
— Parce que tu as accepté de me laisser entrer chez toi ce soir. Et aussi un petit peu dans ta vie. Ouvre, je t'en prie ».
Avec un acharnement que je ne lui connaissais pas, il arrache le papier cadeau, manquant d'emporter le carton posé sur le coffret. Je vois un sourire lumineux poindre à la vision du nom du compositeur. Saisissant le petit mot, il ne cesse de faire des aller-retours entre mes yeux et mon écriture : A écouter maintenant ensemble, à moins que tu ne m'aies laissé t'embrasser entre temps.
Ses yeux plantés dans les miens s'impatientent. Pour la première fois, je fais glisser ma main sur son flanc et ose m'aventurer jusqu'à son cou. Je ne l'ai jamais touché ainsi jusqu'à présent. Ses yeux se closent doucement. Je m'approche, progressivement, et le bout de nos lèvres se touchent en quelques secondes.
Le goût du chocolat me revient évidemment. C'est lui qui laisse la possibilité à nos langues de se rejoindre. Je ne m'en prive donc pas, le conservant au plus près de moi pendant que je m'allonge petit à petit. Il est au-dessus de moi, laissant nos corps se connecter grâce à nos bouches scellées.
Je caresse ses cheveux tandis que ses mains se perdent dans mon dos. Je n'ai pas la moindre idée du temps que nous avons passé à nous embrasser ainsi mais, soudainement, il s'arrête. Il ouvre le coffret et se saisit d'un premier CD qu'il lance, mais cette fois-ci dans toute la maison. Je me lève pour le rejoindre quand, en se retournant, il me saisit par le col de la chemise et nous entraîne tous deux contre le mur.
« Quelle que soit la manière dont nous nous embrasserons, dont nous nous déshabillerons, dont nous nous caresserons, dont nous ferons l'amour, cela me plaira, Mathieu.
— J'ai envie de toi depuis le premier jour. Je ne vois que toi depuis ce moment-là.
— Alors fais de moi ce dont tu as envie. Tant que c'est toi.
— Embrasse-moi. Encore. Nous avons trop attendu pour profiter l'un de l'autre ».
C'est très exactement ainsi que se déroule la nuit. De multiples orgasmes, de lui comme de moi, entrecoupés de profonds et longs baisers. Je suis complètement accro à son visage, à son torse, à sa bouche. Je pourrais le dévorer sans discontinuer. Il a une forme de laisser-faire qui disparaît dès que nous nous mettons à parler. J'aime cette altérité qui l'habite.
« Merci d'être là avec moi ce matin, Mathieu, chuchote-t-il.
— A cause de toi, je n'ai plus envie de partir. Toi et ton double maléfique m'avez charmé.
— Tant mieux, parce que je ne veux pas être séparé de toi » termine-t-il en laissant malgré lui échapper un petit rire étouffé.
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Suprême Mathieu - S.M. (B&B)
RomansaCarnet de Bord d'un Alpha. Après quelques années dans la finance de marché, Mathieu a amassé assez d'argent pour plusieurs vies. Il profite donc de ses loisirs, tout en conseillant de temps à autres les puissants. Qui oublient trop souvent que le se...
