15 juillet 2017 (S)

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Suprême – i

Deux ans que j'ai racheté ce club. Deux ans que je ne me lasse pas d'y venir au moins toutes les deux semaines. Ce serait difficile de se lasser à la fois. Les gens paient, viennent passer des nuits, des jours entiers simplement pour dire qu'ils étaient dans ma boîte, pour être vus, pour être marqués. Oui, marqués. Ils le savent. Quand on entre chez moi, on appartient à la communauté. SuprM. Tatoué. Sur l'épaule ou au-dessus du pubis. Comme ils veulent. Mais on doit savoir. Savoir qu'ils sont sous ma coupe. Et seulement la mienne.

Ma venue dans le club est toujours un événement. La porte principale est fermée pour que je puisse passer par la seconde porte. Celle de côté. Celle que tout le monde fixe en attendant que j'arrive. Comme à chaque fois, je passe dans mon bureau. Juste au-dessus. Le plafond est en verre. De mon côté, il est transparent. Je vois tout ce qui se passe. Tous ces soumis en quête de mâles. Tous ces dominants à la recherche désespérée du bon dominé. Du moins ce soir. Parfois, je propose à nos amies dominatrices et soumises de nous rejoindre. De l'autre côté du plafond, le verre est opaque. Ils ne voient évidemment rien. Ils n'ont pas à me voir.

Je ne suis jamais en tenue. Je n'ai pas besoin de cuir, d'instrument ou d'artifice, moi. Il suffit que mes pas résonnent. Il suffit que ma voix porte. Il suffit qu'ils me voient. C'est largement suffisant pour que plus rien n'existe autour d'eux. J'ai gardé mes vieilles habitudes. Un costume, parfois clair, parfois foncé, une chemise lumineuse et une cravate assez classique mais aux motifs fantaisistes. Déjà, dans la finance, ce type de comportement interrogeait. Certains étaient dérangés, mon style dénotant dans les salles de marché. Mais je leur ai fait comprendre qu'ils n'avaient pas réellement le choix.

Il est temps. Mes chaussures à talons enfilées, je descends une à une les marches de l'escalier. Les talons claquent sur les marches en verre. Ils ne font que deux ou trois centimètres, mais ils suffisent à les faire frémir. La musique se baisse au fur et à mesure que j'arrive à hauteur de vue. Elle s'arrête quand j'atteins les dernières marches. Plus un bruit n'existe dans la salle. Pas un seul. Ils ont intérêt.

Les dominateurs installés au fond de la salle attendent. Je les vois. Ils souriaient jusqu'à présent. Ils étaient les rois. C'est terminé. Mon pied droit cogne contre le sol. Un premier homme à genoux. Mon pied gauche le rejoint. Ce sont trois autres qui tombent à terre. Et ainsi de suite. Pas un seul n'aura l'audace de rester debout. Pas un. C'est ça, être marqué par Suprême.

J'ai toujours méprisé les hommes politiques et leur pseudo haie d'honneur qui ravive leur petit ego mal placé. Une réelle haie honorifique, c'est celle-là. Quand tous les autres sont là, vulnérables, et qu'ils vous font confiance. Ils savent qu'ils ne risquent rien avec moi. Je ne les domine pas directement. Non. Je les protège.

Et c'est ce que viennent chercher les doms ici. Qui aurait cru un jour que des maîtresses et des maîtres accepteraient d'être les inférieurs d'un autre ? Personne à part moi. Parce que je leur offre ce que personne n'a pour l'instant su leur donner : l'honneur. Les doms ont un traitement privilégié : ils peuvent ne poser qu'un genou à terre, plutôt que de se laisser tomber. Ce sont les nouveaux qui profitent de ce privilège, les autres savent reconnaître la réalité.

Je suis leur Alpha, eux ne seront que des bêtas.

Suprême Mathieu - S.M. (B&B)Des histoires addictives. Découvrez maintenant