28 juillet 2017 (S)

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Suprême – xxv

Bastien a organisé une rencontre avec un journal dédié au monde LGBTQ+. Pourquoi pas. Je n'ai rien contre. Il m'a assuré que ce serait une excellente publicité pour les clubs, et le moyen, peut-être, de tordre le coup aux idées reçues sur ce qu'est le SM. J'espère que les journalistes seront à la hauteur. Ils doivent arriver dans quelques secondes désormais. J'ai l'appartement pour moi seul, j'ai installé deux fauteuils en face de mon canapé, de telle manière que je sois dos à la ville. J'entends des voix, Bastien les précède, les voici. Je les salue et je perçois une hésitation chez les deux hommes :

« Doit-on vous appeler d'une quelconque manière, je ne voudrai pas vous heurter... demande le premier, visiblement peu à l'aise.

— Monsieur, probablement, dis-je en rigolant. Ne vous inquiétez pas, je ne cherche aucunement à vous dominer ou à prendre le dessus sur vous.

— J'ai une première question un peu directe dans ce cas, commence le second. Pourquoi se soumettre ? Pourquoi peut-on avoir envie d'être dépendant ?

— Voyez combien votre question est pleine de sous-entendus. Je la complète : pourquoi soumettre ? Pourquoi peut-on avoir envie de créer une dépendance ? La relation de domination vous semble si naturelle dans un sens mais pas dans l'autre. Être soumis, c'est accepter de laisser une tierce personne prendre soin de soi et ainsi s'en remettre à cette personne pour assurer ce qu'il ne fait pas lui-même.

— C'est vrai... Mais dans votre réponse, le dominant y perd, dans ce cas, s'il n'y a pas de jouissance à l'être.

— La jouissance intrinsèque peut être présente chez l'un comme l'autre. Pour moi, le dominateur gagne le jour où il fait de son soumis le réceptacle de ses états d'âme, de ses émotions et de ses incertitudes. Le dominateur assène son soumis de ce qu'il est réellement, ce qui oblige à une confiance réciproque. Le dominant, que l'on imagine souvent colérique, charismatique et dominateur, peut être incohérent ; mais il peut l'assumer avec son soumis : il peut être triste ou heureux, colérique ou tendre, tout cela parce que son soumis, plus que soumis, est protégé, en échange de quoi il est le confident du dominant. La soumission-protection s'en voit renforcée, parce que plus le dominant se laisse aller à la confidence, plus il voudra protéger son soumis et le soumettre à lui seulement.

— En vous écoutant, on a l'impression que tout cela est loin du fouet et...

— Parce que vous vous arrêtez aux pratiques. Vous pensez le SM tel que le font les hétérosexuels fermés d'esprit avec les homosexuels, incapables de comprendre la versatilité ou les choix entre actif et passif. La domination est une philosophie fondamentale, basée sur la bienveillance. Elle permet à l'un et l'autre de se protéger de lui et des autres. Le SM ce n'est pas le mal au sens radical, c'est le Mal banal, en nous, jugulé.

— C'est pour cette raison que le SM est si codifié ?

— Tout à fait, parce que l'on ne joue pas avec autrui. Dans une relation de dominant à dominé, pensez bien que le réel décideur est le soumis. Il s'en remet à un maître, il choisit les pratiques, il dispose d'un code de sécurité. Le dominant n'exerce que dans un cadre. Or ce cadre est choisi par le soumis.

— Quand vous apparaissez dans vos clubs et que la salle entière réagit, c'est parce qu'ils l'ont choisi en réalité ?

— Tout à fait. Si maintenant, je vous ordonnais d'être à genoux, le feriez-vous ? Peut-être, mais vous n'êtes pas venu ici pour cela. Le cadre est crucial. La domination est le plus bel espace de liberté du monde. Parce qu'à deux, vous vous découvrez ».

Suprême Mathieu - S.M. (B&B)Des histoires addictives. Découvrez maintenant