Mathieu – 10
Les yeux rivés sur ce qui semble être un paysage. C'est ainsi que je suis depuis une heure environ. La journée a été longue. Je n'ai pas pu profiter de mon dimanche convenablement. Alors je regarde dehors. Les lumières dans la nuit. Les faisceaux qui parviennent jusqu'à mes yeux. Assis, buvant mon verre de cognac. Je suis bien. Enfin, j'essaie de me le faire croire.
La porte claque. Ce doit être Nathan. Il m'a fait un message tout à l'heure pour savoir ce que je voudrais manger, s'il devait apporter quelque chose. Je n'ai pas répondu. Je n'ai pas faim. Il arrive contre moi, je vois son reflet dans la vitre. Il avait les bras chargés.
« Bonsoir Mathieu, dit-il délicatement en posant ses lèvres sur ma joue.
— Bonsoir, chuchotai-je.
— Tu n'as pas répondu à mon message, ça va ?
— Non. Mais je n'en ai pas le droit ».
Nathan me regarde, abasourdi. Je ne sais pas par quelle partie de la réponse il est si surpris, mais c'est ainsi. J'aimerais qu'il ne dise rien, mais je le vois ouvrir la bouche :
« Tu as tous les droits Mathieu. Même d'aller mal. Parfois. Un peu. Et moi je serai là.
— De... »
Il m'empêche de continuer. Son doigt rejoint mes lèvres pour m'inciter à me taire. Il enlève son manteau, le dépose sur le fauteuil. Plutôt que d'essayer de me convaincre de quoi que ce soit d'autre, il préfère s'appuyer contre moi. Sa tête se rapproche de mon torse, ses cheveux viennent chatouiller mon visage. Et il ne dit rien. Il cherche avec sa main mon bras, et une fois trouvé, le dépose contre son dos.
Je nous vois, comme ça, dans le reflet de la vitre. Et plus il me serre, plus je me sens mal. Non pas parce qu'il est là, au contraire. Son respect, sa connaissance même de ce que je suis me font du bien. Mais qu'il me serre, c'est le manque qui revient encore plus à la surface. L'incomplétude. Je me surprends alors à poser mon menton sur sa tête. Il sourit.
« Je suis si...
— Tu ne sais pas pourquoi, c'est ça Mathieu ?
— Si tu continues à me couper, je ne parle plus, dis-je en fronçant les sourcils.
— Même quand tu n'es pas en forme, tu restes plus dominant que tous les pseudos mâles que je connais, minaude-t-il.
— Mouais ».
D'habitude j'aurais souri. Ce soir non. Il a raison, je ne sais même pas pourquoi. Cette putain d'incertitude qui me ronge. Je veux juste comprendre. Mais rien à faire. Une vague de froid qui atteint mon torse, alors même que Nathan tente de réchauffer ma peau par sa douceur et ses caresses. En vain pour le moment.
« Merci chéri, soufflai-je tout doucement.
— Je suis là pour ça. Je peux ? dit-il en pointant mon verre.
— Je t'en prie, tu peux le finir.
— Tu es encore plus beau quand tu es triste ».
Il me regarde droit dans les yeux après avoir fini. Je pose ma main sur sa joue. Il est beau, il est gentil aussi. Et je suis de mauvaise compagnie. Mais je suis beau quand je suis triste.
VOUS LISEZ
Suprême Mathieu - S.M. (B&B)
RomantikCarnet de Bord d'un Alpha. Après quelques années dans la finance de marché, Mathieu a amassé assez d'argent pour plusieurs vies. Il profite donc de ses loisirs, tout en conseillant de temps à autres les puissants. Qui oublient trop souvent que le se...
