L'heure du thé

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Dans le petit salon d'une grande demeure bourgeoise, cinq femmes refaisaient le monde autour d'une tasse de thé. Cinq dames de la cour, richement vêtues et arborant avec fierté leur toilette scandaleusement excessive.

Entre leur doigt potelé, un journal était maltraité. Délivrant avec innocence des informations qu'elles s'empressaient de dévorer et recracher. Ragot, scandale, crime, tous les sujets étaient épiés et débattus sans aucun recul.

Un des articles délia davantage les langues. L'affaire de "La perle des océans". Une toile mythique, peinte par le grand Polzor Delto un siècle auparavant, et offerte à la reine pour ses fiançailles avec le prince de Belton. La peinture avait été volée dans le musée qui la conservait quelques semaines auparavant.

L'article était avare de détails, mais cela n'empêchait pas ses bonnes dames de déblatérer des heures sur ce dernier. Chacune y allant de sa petite théorie.

- "Il est évident que le voleur est un homme de petite taille. Peut-être un enfant, ou bien un nain. C'est comme ça qu'il a pu se faufiler aussi facilement dans le musée", lança Gisèle, la maîtresse de maison.

- "Un enfant ou un nain ? Et pourquoi pas un single pendant que vous y êtes !", ricana Élisabeth, une ravissante dame assise à sa droite.

- "Ce serait tout à fait possible !", répliqua Maria installée langoureusement sur un long fauteuil en face de ses interlocutrices. "Dans certains cirques il apprend aux animaux à dépouiller les spectateurs, alors pourquoi il ne pourrait pas apprendre voler des toiles de maîtres ?"

- "C'est ridicule", annonça Genièvre d'un ton condescendant. "La toile est bien trop lourde pour un singe. Et puis soyons sérieuse, si les animaux étaient capables de tel prodige ce sont eux qui seraient envoyés lors de missions d'infiltration. Et non pas ses beaux apollons de l'armée impériale".

- "Oui vous avez raison, les animaux ne sont pas assez intelligents pour ce genre de mission", s'esclaffa Maria.

- "J'ai entendu dire que ce serait un cou le comte Esbrouf", chuchota indiscrètement Gisèle. "On aurait retrouvé des outils chez lui. Les mêmes que ce qui aurait pu être utilisé pour le crime".

- "Allons bon, la semaine dernière c'était le comte Bolosse qui était accusé, car sa maison de ville est la plus proche du musée", répliqua Elizabeth.

- "Et encore avant les enquêteurs pensaient que le voleur était un employé", ajouta Maria.

- "Il faut dire qu'il n'a laissé aucune trace. La police n'a aucune piste sérieuse et sauve s'il retrouve la toile, je ne pense pas que cela va grandement évoluer dans les semaines qui viennent", soupira Jacline en attrapant un petit gâteau.

- "Malheureusement vous avez raison très cher. Il est fort probable qu'on ne revoit jamais cette sublime oeuvre", clama Genièvre.

- "Il paraît que ce serait un coup de la reine pour annuler ses fiançailles", raconta Gisèle.

- "J'ai entendu l'exact inverse. Que ce serait une idée du prince pour accélérer le mariage", objecta Maria.

- "Dans les deux cas, ils ont dû faire appel à un professionnel", annonça Jacline.

- "Ça à un côté romantique vous ne trouvez pas . Un voleur qui s'introduit de nuit, dans l'un des bâtiments les plus sécurisés de la capitale et pour y dérober sans être vue la plus belle des œuvres. Je ne connais pas cet homme, mais je me demande de quoi d'autre il est capable avec ses doigts", répliqua Maria un sourire rempli de sous-entendu sur les lèvres.

- "Petit dévergondée", ricana Gisèle.

- "En tout cas être la femme d'un tel homme se doit avoir ses avantages" se mit à rêver Genièvre.

- "Je vous rappelle que vous êtes marié ou fiancé mesdames un peu de tenue", leur rappela Elizabeth.

- "Oh allez, je suis sûr que toi aussi tu rêve la nuit, qu'un bel apollon vole les plus beaux trésors du monde pour te les offrir par amour", soupira la rêveuse Jacline.

- "Vous lisez beaucoup trop de romance mes dames" ricana Gisèle en servant chacune des tasses posées sur la petite table basse.

- "J'espère qu'ils n'attraperont pas le coupable. Faite qu'il reste un mystère, qui nourrit notre imaginaire", clama Maria en levant son thé.

- "Au voleur de la perle ?", interrogea Guenièvre.

- "Au voleur de la perle ! ", crièrent-elle en coeur.

Leur goûter continua jusqu'à ce que le soleil décline et que les serviteurs de ses dames les supplient de rentrer auprès de leurs époux. Elles saluèrent avec grâce leur haute puis quittèrent la demeure dans leur sublime carrosse.

Une fois seul, Gisèle regagna ses appartements. Elle se débarrassa de sa lourde et encombrante robe et se laissa tomber, en sous-vêtement, sur son fauteuil préféré. Elle se remplit une coupe et posa son regard malicieux sur la sublime toile qui trônait fièrement au-dessus de sa commode.

- "Un enfant, un nain, un homme charismatique. Non juste une noble femme qui aime les belles choses", mumura-t-elle en potant le verre à ses lèvres sans lâcher son tresort des yeux.


Note d'auteur :

Coucou tout le monde !

Merci d'avoir lu mon texte j'espère qu'il vous aura plu.

Ce n'est pas ma première idée, mais à force de réécriture voilà ce que ça à donner.

J'aimais bien l'idée qu'on suit une discussion et qu'on découvre qu'à la fin que le voleur était parmi eux.

Quand avez-vous pensé de mes petites dames de la cour et du retournement final ?

Allez des bisous à tous !

Jack

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