Chapitre 80 : 5 octobre XXXX

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Point de vue de Kaleb

L'ambulance était arrivée. Les sirènes hurlaient dans mes tympans, mais j'étais sourd à tout sauf à son nom.

Gabriela !

Ma voix explosait dans ma gorge, déchirée et rauque. J'avançais comme un fou dans le chaos, bousculant tout le monde, repoussant, frappant, hurlant à en faire trembler la terre. Une foule d'agents, de soldats, de médecins m'entourait. Je ne la voyais plus.

Putain, elle était là, juste là !

Gabriela ! Où elle est ?!, J'hurlais, je beuglais, j'arracherais des bras pour une seule réponse !

Je frappai du poing sur une ambulance, poussai deux flics au sol, fonçai tête baissée dans la masse. Il fallait que je la voie. Que je voie ses yeux. Même à moitié fermés. Même s'il ne restait plus qu'un souffle.

Elle respirait encore. Je le sentais. Je le savais.

Mais... elle n'était plus là.

L'endroit où elle s'était effondrée était vide. Vide.

Il ne restait que le sang.

Une énorme flaque, épaisse, d'un rouge presque noir sous les lumières crues. Mon cœur s'est figé. Le monde aussi. Mes bottes se sont enfoncées dans cette mare qui suintait sa vie.

Je ne pouvais plus respirer.
Je n'avais jamais ressenti cette émotion.

Je ne l'avais jamais senti jusqu'à mes tripes.

La peur.

Je tombai à genoux, les mains dans ce sang.
Et puis je le vis. Son collier.

Je le ramassai lentement, mes doigts tremblants, tâchés de rouge, et l'agrippai comme un homme agrippe un dernier souvenir avant de s'écrouler.

Je crus étouffer. Tout se resserrait. Cette chose que je pensais ne pas avoir se resserrait de manière si brutale pour me rappeler qu'elle était bien là, mon cœur.

CHERCHEZ GABRIELA ! IMMÉDIATEMENT !, hurla mon frère, sa voix résonnant entre les coups de feu restants et les moteurs d'ambulances. Il vociférait à ses hommes, mais moi, j'étais déjà loin. Plus rien n'existait.

Je serrai le collier contre mon front, contre mes lèvres, priant en Dieu pour qu'elle soit saine et sauve.

Tu n'as pas intérêt à partir... Pas sans moi.

Mon regard croisa celui de Frida, plus loin, effondrée sur Alejandro.

Et là, tout m'a frappé d'un seul coup.

Alejandro...

Frida qui ne bougeait plus. Le sang qui collait à ses doigts. Ses hurlements silencieux. Elle était totalement désespérée.

Alejandro, rassure-moi, tu n'es pas mort ?

Je n'en pouvais plus. Une autre émotion a émergé. Est-ce de la culpabilité ? Pourquoi ressentais-je tout ça ? C'était bien plus facile, plus facile de ne rien ressentir, d'agir comme un robot, de tout emmagasiner.

Mais qu'est-ce que tu m'as fait, Gabriela ?

Je me suis relevé, lentement, glacé, le collier dans la main. Mes jambes tremblaient. Mon esprit hurlait. Mais mon regard... il était déjà en train de chercher où tuer. Comme ce que j'avais appris depuis tout jeune.

Je cherchais Jovan, prêt à mettre fin à ce cycle de douleur, mais il n'était plus là.

Il était déjà parti.

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