Un silence pesant s'était installé dans la chambre. Un de ceux qui paraissent si lourds qu'ils étouffent l'air. J'étais toujours attachée à ce foutu lit, le métal des menottes froid et entêtant contre mes poignets nus. Elles laissaient une empreinte rouge, presque brûlante, chaque mouvement tirait un peu plus sur ma peau déjà irritée. J'avais l'impression d'être exposée, figée, réduite au silence. Une lionne en cage.
La colère bouillonnait sous ma peau. J'aurais voulu hurler, taper, tout renverser. Mais j'étais là, prisonnière, encore une fois freinée par Kaleb. Comme si je n'étais qu'une poupée fragile à protéger. Il refusait toujours de comprendre que ce combat, c'était le mien. Mon histoire, ma rage, ma vengeance.
Puis, après ce qui me sembla être des heures, une ombre familière franchit le seuil. Kaleb. Il revenait, l'air calme, presque nonchalant, avec... une pomme à la main.
Une putain de pomme.
—Une pomme ? Sérieusement, Kaleb ?, lâchai-je, le regard dur, un sourire acide accroché à mes lèvres.
Il s'assit à côté du lit, ses yeux verts plongeant dans les miens. Ce regard-là, si doux, si précis, me déstabilisait chaque fois. Il ne voyait jamais que mes colères. Il voyait moi. Et merde, ça me rendait faible.
—Tu n'es pas du genre à avoir très faim dans ce genre de moment, dit-il calmement.
Il avait raison. Je n'avais pas faim. Pas une seconde. Mais cette manière qu'il avait de me connaître... ça me touchait malgré moi.
—Laisse-moi partir, Kaleb, soufflai-je, la voix déjà tremblante d'une impatience à peine contenue.
Il baissa les yeux un instant, comme si les mots lui faisaient peur.
—Je ne veux pas encore te perdre, murmura-t-il, presque dans un souffle. Gabriela... tu es devenue trop importante. J'ai constamment pe—
Il s'arrêta. Il ne put pas finir. Comme si avouer le reste risquait de le briser. Il posa la pomme sur une table comprenant que je n'en voudrais pas.
Je le fixai. Mon cœur cognait fort. Trop fort.
—Qu'est-ce que je suis pour toi, Kaleb ?
C'était plus qu'une question. C'était une supplication.
Dis-le.
Dis-le maintenant, ou je vais imploser.
Dis-moi pourquoi tu m'as enchaînée.
Pourquoi tu me touches comme si j'étais tienne.
Pourquoi tu m'embrasses comme si tu allais
crever si tu ne le fais pas.
Pourquoi tu refuses de me laisser partir.
Dis-moi, pourquoi tu ne veux pas me perdre, Kaleb.
Mais il ne répondit pas. Et moi, je n'osai pas répéter. Parce que dans ce monde, nos vérités n'avaient pas leur place. Le crime, la haine, la vengeance... elles tuaient tout ce qui ressemblait à de l'amour.
Je ne pouvais pas l'aimer.
Je n'avais pas le droit.
Et lui aussi : Pour El Sol.
Et moi : Pour La Luna.
—Kaleb...tu le sais, n'est-ce pas ? Même si je finis par tuer Jovan...On prendra des chemins différents.
Il releva la tête d'un coup. Un éclair passa dans ses yeux. Il allait parler, mais il n'en fit rien. Il se leva, avec un chouïa de brutalité. Il refusait d'entendre. Il refusait d'écouter la fin inévitable.
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LA LUNA
Romance𝐇𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐦𝐚𝐟𝐢𝐚 (Non surnaturel) Plongez dans les méandres sombres d'un cartel mafieux où Gabriela, héritière inattendue, lutte pour venger ses parents assassinés. Mais alors que son désir de vengeance la consume, elle découvre que...
