Chapitre 79

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Tu te réveilles enfin ? Tu dors comme une morte. Ça fait des plombes que j'essaie de te secouer.

Une voix. Trop calme. Trop proche.

Mes paupières s'ouvrirent lentement, comme si elles étaient collées entre elles par la peur. La lumière me brûla les rétines, m'obligeant à cligner plusieurs fois. Une silhouette se dessinait devant moi.

Je reconnus immédiatement son visage. Ce visage que je détestais déjà sans nom.

Toi..., lâchai-je, la voix rauque, sans le vouloir. Mon cœur s'accéléra, mes mains se crispèrent.

C'est Valerio, répondit-il, un sourire fin et moqueur plaqué sur ses lèvres. Appelle-moi Valerio.

Non. C'est bien "sac à merde". Ou "crétin", si tu préfères.

Il rit légèrement. Il posa son poing sous son menton, l'air détendu, comme s'il était dans un salon, pas dans un putain de jet avec une fille qu'il avait droguée.

Je bougeai mes bras, mes jambes... Rien. Pas de cordes. Pas de chaînes.

Je t'ai pas attachée, déclara-t-il tranquillement. T'es pas une prisonnière, Gabriela. Juste une...invitée.

Je me redressai brutalement, l'esprit encore brumeux. Je regardai autour. Sièges en cuir, hublots teintés, silence de cabine. Nous étions bien dans un jet privé.

Il fallait vraiment me faire perdre connaissance ?, demandai-je, la gorge sèche.

Ouais, confirma-t-il. Aucun détail. Aucun ton d'excuse.

Mais quelque chose clochait. Son visage. Ce n'était pas l'homme sûr de lui que j'avais vu la première fois. Il avait l'air...vide, triste. Comme s'il portait un deuil invisible.

Je l'observai, les mâchoires serrées. Mon instinct criait que quelque chose n'allait pas.

Qu'est-ce qu'il préparait ?

Mais aussitôt, une pensée plus forte envahit mon esprit. Kaleb.

Où était-il ? Que pensait-il en ce moment ? Qu'avais-je laissé derrière moi ? L'image de ses yeux, son silence au moment du départ, son collier, son aveu...

Je détournai le regard, les entrailles tordues par la culpabilité. Je fixai le ciel par le hublot pour ne pas craquer. Mais Valerio, lui, me regardait. Je sentais son regard me brûler la joue.

Bon, arrête de me fixer.

Tu as bien grandi, Gabriela, dit-il soudain. Tu es devenue une grande femme.

Je tournai lentement la tête vers lui, abasourdie.

Hein ? Qu'est-ce que tu racontes ?

Il me fixa, et ses yeux, l'espace d'un instant, devinrent douloureusement humains.

Tu es prisonnière de ton existence, murmura-t-il. Tu vas devoir combattre chaque jour de ta vie. Et je suis...sincèrement désolé pour toi.

Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?!

Il jeta un regard furtif autour de lui. Puis, d'un geste lent, il glissa quelque chose entre les deux sièges : une arme de poing, légère, noire, parfaitement chargée.

Et une petite clef USB. Je la sentis rouler contre mes doigts.

On m'écoute, dit-il. Je peux pas t'en dire plus. Prends ça. J'espère que tu comprendras à temps.

LA LUNAOù les histoires vivent. Découvrez maintenant