8. Charles *

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CHARLES

D'aussi loin qu'il se souvienne, Charles n'avait jamais eu le sentiment de rencontrer quelqu'un de totalement étranger à son monde.

Bien sûr, la Révolution lui avait fait connaître des hurluberlus divers. Du roturier hystérique rêvant chaque nuit de la mort des élites à la jeune fille peureuse mais volontaire, Charles avait passé du temps avec des personnes variées.

Il avait même longuement discuté avec des bourgeois quasiment nobles. Il ne leur manquait qu'une toute petite particule pour sauver leur tête ! Ces bourgeois ne faisaient la Révolution que pour se sortir de leur condition d'éternelles victimes du plafond de verre. À quoi bon les aider ? Ils ont des moyens. Ils connaissent les bonnes personnes. Il était plus simple de perpétrer des attentats avec des relations.

Mais le jeune homme devant lui, avec son œil éternellement fermé ? Il n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi différent. Il était bien plus mat de peau que les Parisiens, qui même en travaillant à l'extérieur ne pouvaient pas bronzer à ce point. Est-ce qu'il venait d'un autre pays, plus au sud ? Il avait dû voyager presque toute sa vie pour venir jusqu'à chez lui, dans ce cas. Sa tenue n'était pas assez luxueuse pour imaginer qu'il soit venu en calèche, bien au frais sur une banquette en filant à travers l'Afrique jusqu'en France. Non, c'est impossible.

De plus, il était encore plus colérique que Robespierre lui-même. Pourquoi passait-il son temps à lui hurler dessus ? Et puis, cette histoire de guerre nucléaire... Peut-être que Charles se trouvait face à un fou. Purement et simplement. Mais il avait parlé d'un quiproquo... Oui, effectivement, il y a un problème.

Charles était paralysé par l'angoisse.



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